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Rêves : le règne du paradoxal

Certains s'en souviennent, d'autres jamais. Ils peuvent être effrayants ou plaisants. Les rêves fascinent depuis toujours. Côté anatomie, le songe a lieu durant la dernière phase de sommeil, dit "paradoxal". Inconscient, interprétation, rêves érotiques… Toutes les explications dans ce dossier.

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Rêves : le règne du paradoxal
Rêves : le règne du paradoxal
Sommaire

À travers les époques : messages divins, sorcellerie ou clés de compréhension

Dans l'Egypte ancienne, les rêves étaient considérés comme des messages envoyés par les dieux.

En Europe, l'oniromancie, c'est-à-dire l'étude des rêves, a été pratiquée jusqu'au Moyen-Age. Elle a été interrompue au XIIe siècle par l'Inquisition, qui l'assimilait à la sorcellerie. Ce n'est qu'en 1899 que l'interprétation des rêves a été réhabilitée, lorsque Sigmund Freud a théorisé la psychanalyse.

En Haute Amazonie, aujourd'hui encore, les chamanes mangent ce qu'ils appellent des "plantes maîtresses" pour stimuler l'apparition de rêves censés leur apporter des informations sur leur vie.

Les cycles du sommeil

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes présentent les cycles du sommeil.

À l'âge de 80 ans, nous aurons passé en moyenne 26 ans à dormir, soit un tiers de notre existence. Un sommeil réparateur pour notre corps mais pendant lequel notre cerveau ne reste pas totalement inactif. Lorsque nous dormons, nous faisons tous des rêves et des cauchemars, et ce, même si nous n'en avons pas de souvenir.

Une partie du cerveau s'éveille alors que nous sommes endormis. Cette situation paradoxale survient le plus souvent dans une phase du sommeil que l'on surnomme à juste titre, le sommeil paradoxal.

Notre sommeil est une succession de cycles. D'abord, une phase d'endormissement d'une dizaine de minutes. Puis intervient la phase de sommeil lent d'environ quinze minutes. Notre cerveau est réceptif mais son activité ralentit. Cette phase se prolonge par un sommeil lent de plus en plus profond d'environ une heure. Le cerveau ne perçoit plus rien, la respiration est très lente et les muscles sont relâchés. C'est dans la phase de sommeil lent très profond que le corps se remet de la fatigue physique de la journée, une étape cruciale de récupération. À la fin de cette phase, on entre dans le sommeil paradoxal.

C'est dans cette phase de sommeil paradoxal que le plus grand nombre de rêves se produit. Certaines zones du cerveau restent profondément endormies, tandis que d'autres s'activent. Des images et des sons de notre mémoire sont agencés pour former les rêves. Nos muscles sont comme paralysés car ils ne reçoivent aucun ordre du cerveau. Seuls les muscles des yeux continuent de fonctionner.

À la fin du sommeil paradoxal, un nouveau cycle redémarre. Le cerveau reprend le contrôle des membres. On bouge, on se retourne dans notre lit. Puis un nouveau cycle de sommeil commence. Chaque nuit, trois à cinq cycles de 90 minutes se succèdent. Autrement dit, au cours d'une nuit nous faisons plusieurs rêves et pourtant on ne s'en souvient pas toujours…

Le corps entier endormi à l'exception du cerveau !

Nous effectuons nos rêves surtout durant les phases de sommeil dit paradoxal.

Quatre à cinq cycles de sommeil d'environ une heure et demie composent chacune de nos nuits. Et à l'intérieur de chaque cycle, trois phases de sommeil se succèdent : d'abord une phase de sommeil léger, puis une phase de sommeil lent et profond, et enfin, une phase que l'on appelle le sommeil paradoxal.

C'est pendant ces phases de sommeil paradoxal que les rêves ont lieu, découverte du neurobiologiste français Michel Jouvet en 1961. Pendant ces périodes, l'activité cérébrale du dormeur est intense, comme s'il était réveillé. Mais dans le même temps, son corps est paralysé. C'est d'ailleurs pour cela que cette phase a été baptisée "sommeil paradoxal".

Si les rêves ne se mesurent pas, on peut mesurer les phases de sommeil grâce à un électroencéphalogramme. En enregistrant le sommeil, on observe les différentes phases d'un cycle. Cela donne des renseignements sur l'activité cérébrale pendant la nuit et donc sur les moments où l'on rêve.

À quoi servent les rêves ?

Louise Frédérique fait de nombreux rêves chaque nuit, beaucoup trop selon elle…

Il existe plusieurs approches du rôle des rêves :

Selon Freud, le rêve est "la voie royale de l'inconscient". Autrement dit, les rêves sont la manifestation des pulsions, des désirs que l'on n'exprime pas dans la réalité. Selon lui, tous nos rêves comportent des messages standard, liés au célèbre complexe d'Œdipe et au désir sexuel refoulés pendant notre enfance.

Le psychiatre Carl Gustav Jung n'a pas la même approche. Pour lui, le message du rêve n'est pas forcément lié au complexe d'Œdipe et doit être interprété en fonction de l'histoire personnelle de chaque personne. Les rêves peuvent même donner accès à un "inconscient collectif", à des symboles communs à toute l'humanité.

Dis moi ce dont tu rêves, je te dirai…

Depuis 2005, il existe à Paris un café-rêve où les gens peuvent partager leurs rêves et tenter de les interpréter.

Il est toujours tentant d'essayer d'analyser ses rêves. Pour cela, quelques conseils :

  • Notez-les dans votre lit. Le fait de vous lever va déclencher automatiquement l'oubli.
  • Tenez compte de tous les symboles, même ceux qui dérangent.
  • Méfiez-vous des dictionnaires des rêves qui fleurissent dans les librairies et prétendent interpréter vos rêves. Il n'existe pas d'analyse standard d'un rêve : chacun ne peut être analysé qu'en fonction de l'histoire personnelle du rêveur.

Pourquoi se souvient-on de nos rêves ?

Pourquoi certains se souviennent de leurs rêves et pas les autres ?

Certaines personnes se souviennent presque toujours de leurs rêves alors que pour d'autres non. Comment l'expliquer ? Depuis 2013, une équipe de chercheurs de Lyon tente de percer le mystère.

Lorsque l'on dort, la vie réelle est remplacée par une vie imaginaire. Etonnant, émouvant ou angoissant, les rêves s'invitent dans nos nuits et pourtant au réveil, certains d'entre nous sont incapables de s'en souvenir.

Pour savoir pourquoi certaines personnes se souviennent de leurs rêves et d'autres non, il faut prendre la direction du centre de recherches en neurosciences de Lyon. Les chercheurs ont analysé le sommeil de vingt grands rêveurs, se souvenant régulièrement de leurs rêves et de vingt petits rêveurs se souvenant rarement de leurs rêves.

Pour le premier test de l'étude, les sujets ont dû dormir équipés d'un casque à électrodes, un dispositif qui permet de recueillir toute l'activité électrique du cerveau pendant le sommeil. "Grâce aux enregistrements, on peut savoir si la personne est éveillée, endormie et si elle est endormie, dans quel stade de sommeil", explique Perrine Ruby, chercheur Inserm. Sommeil léger, sommeil lent profond ou encore sommeil paradoxal, souvent décrit comme le moment privilégié des rêves.

"Nous n'avons pas constaté de différences de quantité ou de répartition de sommeil paradoxal entre les personnes qui se souviennent souvent de leurs rêves et celles qui s'en souviennent rarement", souligne Perrine Ruby, "mais le seul paramètre de sommeil qui diffère entre les deux groupes, c'est leur temps d'éveil au cours de leur sommeil (très peu d'éveil chez les personnes qui se souviennent rarement de leurs rêves)".

Plus que la fréquence des réveils, c'est leur durée qui permettrait de se souvenir de ses rêves comme le confirme le chercheur de l'Inserm : "Il semblerait que pour se souvenir d'un rêve, il faut se réveiller au moment du rêve pendant une période suffisamment longue (de l'ordre de la minute). Cela permettrait d'encoder le rêve en mémoire. Si on se réveille moins longtemps, apparemment le cerveau n'arrive pas à encoder l'information en mémoire".

La deuxième partie de l'étude consiste à comprendre l'origine des réveils nocturnes plus fréquents chez les grands rêveurs. Pour cela, les sujets ont dû dormir toute une nuit dans un scanner. Une région du cerveau semble impliquée dans l'attention portée à l'environnement. Les grands rêveurs seraient donc plus sensibles aux bruits extérieurs par exemple, ce qui expliquerait qu'ils se réveillent plus souvent.

Mais le rôle de cette zone ne s'arrête pas là : "cette région est aussi impliquée dans la capacité à s'imaginer une image les yeux fermés, donc à faire de l'imagination visuelle mais aussi de l'imagination dans l'espace, de l'imagination sensorielle. C'est aussi une région impliquée dans la mémoire des épisodes que l'on a vécus. Cette activité plus importante chez les personnes qui se souviennent de leurs rêves, dans cette région du cerveau, pourrait expliquer le fait qu'il y a soit une plus grande mémorisation des rêves, soit une plus grande production des rêves chez les personnes qui se souviennent souvent de leurs rêves", note Perrine Ruby. Une question à laquelle les chercheurs espèrent bientôt trouver une réponse et voir enfin leurs rêves se réaliser.

Entre rêves et réalité

Au centre de recherche en neurosciences de Lyon, une équipe de scientifique tente de percer les mystères de nos rêves

Au centre de recherche en neurosciences de Lyon, une équipe de chercheurs s'intéresse particulièrement au contenu de nos rêves. Objectif de leurs travaux : comprendre le lien étroit entre ce que nous vivons dans la réalité et ce à quoi nous rêvons.

"On ne comprend pas encore bien le filtre que le rêve applique à la réalité. On ne sait donc pas s'il choisit principalement des événements importants de la vie éveillée, des événements récents, des événements anciens ou des événements émotionnels… C'est ce que nous avons essayé de comprendre à travers une étude", explique Perrine Ruby, chercheur Inserm.

Pendant sept jours, quarante grands rêveurs se sont prêtés au jeu. Tous les matins, au réveil, ils ont dû décrire précisément le contenu de leurs rêves. Ils ont ensuite rempli un questionnaire portant sur le lien entre leurs rêves et la réalité : ont-ils reconnu des personnes de leur entourage, des événements ou des détails de leur vie réelle ?

"Nous avons pu constater que 40% de l'ensemble des événements de la vie éveillée qui étaient incorporés dans les rêves datent de la journée qui précède le rêve. Mais tout le reste, les 60% restants, c'est plus ancien. Et parmi ces 60% qui sont plus anciens, il y a même des événements de la vie éveillée qui datent de plus d'un an avant le rêve", confie Perrine Ruby. L'étude démontre aussi que lorsque nous rêvons d'événements récents, il s'agit plutôt de choses futiles et de situations anodines.

Si cette étude permet d'en apprendre un peu plus sur le fonctionnement de notre cerveau, nos rêves sont encore bien loin d'avoir révélé tous leurs secrets.

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