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Schizophrénie : où en est la recherche ?

La schizophrénie touche 0,7% de la population mondiale. Maladie encore taboue, elle se révèle parfois extrêmement invalidante. Comme dans de nombreuses affections chroniques, la recherche évalue différentes pistes, allant de la compréhension de la maladie à la prise en charge thérapeutique. Tour d'horizon des pistes étudiées. 

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Schizophrénie : où en est la recherche ?
Schizophrénie : où en est la recherche ? - ©Friedberg - Fotolia.com

Sur quoi porte la recherche ?

Comment se manifeste la schizophrénie ?

Cette maladie psychiatrique est caractérisée par des symptômes dits positifs (délire, hallucination), des symptômes négatifs (repli sur soi, émoussement affectif, absence de motivation pour initier des activités, etc.), des troubles cognitifs (atteinte de l'attention, de la concentration, de la mémoire) et des symptômes dissociatifs (désorganisation de la pensée, des émotions et des comportements, aboutissant à des contradictions au sein d'une même phrase ou discussion, ou des incohérences).

"La recherche porte sur différents axes de recherche, commente le Pr Marie-Odile Krebs, chercheuse à l'Inserm. Il y a des travaux pour mieux comprendre les mécanismes qui mèneraient à la schizophrénie et de la recherche clinique pour définir les limites de la maladie qui est très hétérogène (on en est encore en train d'explorer les liens avec d'autres maladies comme les troubles bipolaires ou l'autisme). Et il y a bien sûr de la recherche thérapeutique, même s'il n'y a pas de changement radical dans les médicaments prescrits."

Où en est-on dans la compréhension de la maladie ?

Selon Marie-Odile Krebs, il y a des avancées tous les jours. Les professionnels ont pris conscience de l'impact des troubles cognitifs, avec une reconnaissance du handicap psychique et de l’importance de sa prise en charge pour améliorer la qualité de vie et le pronostic fonctionnel des patients.

Actuellement, les efforts portent aussi sur la prise en charge des facteurs favorisant la maladie, tels que le stress, la consommation d'alcool et de drogues, la dépression. "Cette option préventive est de nature à améliorer le pronostic des jeunes patients, tout particulièrement dans les phases précoces de la maladie", évalue le professeur.

L'immunité se trouve également au cœur des recherches. Elle pourrait jouer un rôle par l'intermédiaire d'une réaction immunitaire faisant suite à une infection, comme la toxoplasmose : "nous ne savons pas si la réponse immunitaire devient dysfonctionnelle suite à une infection ou si une infection réactive des processus agissant sur une vulnérabilité préexistante de développer la maladie", détaille le Pr Krebs.

Au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Laurent Groc explore les liens entre certaines schizophrénies et le système immunitaire. Son étude[1], publiée en 2015, a montré que chez 20% des patients, le taux d'anticorps anti-NMDA (N méthyl-D-aspartate) était élevé, traduisant que le système immunitaire se retourne contre certains éléments de l'organisme.

Enfin, les recherches ciblent les processus d'entrée dans la maladie. Certains seraient communs entre la dépression et la schizophrénie, à l'instar de l'inflammation cérébrale et du stress oxydatif des cellules ; la lutte contre ces processus pourrait sans doute réduire l'émergence des troubles.

Un antioxydant, le glutathion sert à éliminer les substances toxiques dans le cerveau ; les personnes souffrant de schizophrénie auraient un taux bas, entrainant un stress oxydatif à l'origine de lésions au niveau des cellules du cerveau. "En particulier, certaines modifications dans les gènes régulant la synthèse de glutathion, ont un profil particulier[2], détaille le Pr Krebs. Ce profil est différent entre les individus qui évolueront vers une psychose et ceux qui n’évoluent pas vers une psychose."


[1] Anti-NR1 antibodies in anti-N-methyl-D-aspartate receptor encephalitis and schizophrenia. Le Guen. Med Sci (Paris). 2015 Jan;31(1):60-7. doi: 10.1051/medsci/20153101014.

[2] Methylomic changes during conversion to psychosis. Kebir et al. Mol  Psychiatry 26 April 2016; doi: 10.1038/mp.2016.53


    

Vers un diagnostic précoce grâce à la phase prodromique ?

"On sait aujourd'hui que la maladie a des phases évolutives, explique la chercheuse. La phase prodromique (qui se définit par l'apparition des premiers signes) et le premier épisode sont particulièrement importants. Ils s'étalent sur les deux années qui précèdent le premier épisode et les deux ans qui le suivent." La chercheuse estime possible de trouver un jour un traitement préventif. En l'attendant, plus la prise en charge a lieu tôt, meilleur est le pronostic. En associant éducation thérapeutique, prise en charge psychosociale et médicaments actuels, les patients ont un pronostic social bien meilleur et la désinsertion est diminuée.

A quand des centres spécifiques pour un diagnostic très précoce ?

En dépit de l'existence de centres experts de la schizophrénie, le diagnostic est souvent tardif : "les patients consultent quand la psychose évolue depuis 1 à 2 ans et les prodromes (signes initiaux) sont présents en moyenne depuis 5 ans", explique le Pr Krebs.

La grande difficulté est de favoriser un accès aux soins non stigmatisant et précoce". C'est le grand défi de la psychose, peu relevé en France, d'après la chercheuse. Il existe dans les pays anglophones des centres spécialisés dans cette prise en charge précoce. "Il faut un savoir-faire et des outils différents de ceux utilisés dans le cas d'une schizophrénie déclarée, pour faire l'évaluation de ces jeunes présentant des symptômes initiaux, très transitoires et subjectifs. Nous devons vraiment favoriser l'émergence de ce type de centre et de compétences accessibles partout."

Déterminer les signes précoces et trouver des marqueurs

Avec ses collaborateurs de l’équipe de recherche Inserm, Marie-Odile Krebs a mis en place la première étude française promue par l'hôpital Sainte-Anne et consacrée à l'identification de marqueurs précoces et les facteurs de risque, lors de la phase prodromique.

L'équipe participe à un vaste programme européen baptisé EU-GI. La période "prodromique"  est caractérisée par des signes cliniques atténués, qui peuvent être annonciateurs de la maladie ; un tiers des adolescents présentant ces signes basculeront dans la schizophrénie dans les deux ans. Mais ces symptômes ne sont pas spécifiques et leur valeur prédictive reste insuffisante ; les équipes cherchent donc à identifier des marqueurs génétiques ou moléculaires.

Etre capable d'identifier les adolescents qui développeront une schizophrénie offrirait la possibilité de les traiter de façon précoce et d'améliorer leur pronostic. Un espoir énorme pour améliorer la prise en charge des patients...

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Quelles avancées thérapeutiques ?

A l'heure actuelle, les médicaments agissent sur la dopamine, un messager chimique qui véhicule les messages entre neurones ; les laboratoires cherchent des galéniques qui faciliteraient la vie des patients, comme des injections plus espacées et des médicaments mieux tolérés.

"Une voie de recherche porte sur la neurotransmission et le système glutamatergique (faisant intervenir le neurotransmetteur glutamate, un autre messager chimique du cerveau), détaille la chercheuse.

Une autre voie tente de mieux comprendre certaines anomalies biologiques pouvant expliquer la maladie, comme l'inflammation et le stress oxydatif. Elle pourrait déboucher à terme sur de nouveaux traitements, permettant d'augmenter les capacités du cerveau pour faire face à ces phénomènes."

Les thérapeutiques non médicamenteuses

En réalité, les espoirs portent davantage sur certaines thérapeutiques non médicamenteuses comme les techniques de stimulation, dont certaines sont peu invasives. Il s'agit par exemple de la stimulation magnétique transcrânienne en cas d'hallucinations résistantes[3].

Autre piste en cours d'évaluation, la remédiation cognitive. Elle pourrait aider à récupérer certaines compétences : il s'agirait alors de réduire le handicap lié aux symptômes.


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