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Pour mieux comprendre la schizophrénie

Le mot schizophrénie signifie : perte de l'unité (schize) et de l'esprit (phrénie). La schizophrénie est une maladie psychiatrique dont les causes sont encore mal connues. Quels sont les symptômes de la maladie ? Comment traite-t-on cette pathologie ? Voici un dossier complet avec des témoignages pour mieux comprendre la schizophrénie.

Rédigé le , mis à jour le

Pour mieux comprendre la schizophrénie
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Sommaire

Définir la schizophrénie

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes expliquent la schizophrénie.

Hallucinations, délires, comportement fluctuant... Plus de 600.000 Français souffrent de schizophrénie mais plus de la moitié n'en ont pas conscience. Cette pathologie complexe se déclare la plupart du temps entre 15 et 25 ans et se manifeste de façon très variable d'un individu à l'autre. Il existe des cas de rémissions complètes mais parfois les symptômes perdurent. Ces dernières années, les progrès de la prise en charge clinique et sociale ont permis une amélioration du pronostic.

La schizophrénie est une maladie psychiatrique complexe qui entraîne un handicap psychologique majeur et très invalidant. Elle peut se manifester par quatre grandes "familles" de symptômes :

  • Les symptômes positifs sont les plus visibles. Ce sont des idées délirantes, des hallucinations visuelles et auditives.
     
  • Les symptômes négatifs : les malades sont sujets à un "émoussement affectif" (leur réactivité émotionnelle est réduite), une mise en retrait, une difficulté à amorcer les activités, une absence d'intérêt…
     
  • Les symptômes dissociatifs sont des troubles de la communication : ils correspondent à une véritable désorganisation de la pensée, des émotions et des comportements. Résultats : ils se montrent hermétiques aux autres, utilisent des mots qui n'existent pas ou expriment des sentiments contradictoires dans une même phrase…
     
  • Les symptômes cognitifs : dans 80% des cas, il y a une baisse de l'attention, une atteinte de la mémoire et des fonctions exécutrices.

L'expression clinique de la schizophrénie est très hétérogène et tous les patients ne manifestent pas tous ces symptômes. Les premiers signes de la maladie apparaissent à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte et peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre.

Si le premier épisode se manifeste par des délires, des hallucinations, le diagnostic est rapidement posé et il est souvent suivi d'une hospitalisation. En revanche, si l'adolescent s'isole, cesse d'avoir des activités ou de voir ses copains, le diagnostic peut mettre plusieurs années avant d'être posé.

Quant à savoir comment apparaît la schizophrénie, difficile à dire avec précision. On sait que les causes de la schizophrénie sont multiples et que plusieurs facteurs de vulnérabilité génétique entrent en jeu, de même peut-être que des facteurs déclenchants.

Les types de schizophrénie. En fonction de l'importance des symptômes, on distingue plusieurs types de schizophrénie :

  • la schizophrénie paranoïde : comme son nom l'indique, les délires paranoïdes qui prennent le dessus ;
  • la schizophrénie pseudo-névrotique : caractérisée par des pensées obsédantes ou des phobies ;
  • la schizophrénie dite "affective" : elle se caractérise par une alternance de phases dépressives et de périodes presque normales.

Schizophrénie : une souffrance au quotidien

Xavier a 34 ans, il est photographe. Il vit avec la maladie depuis 15 ans.

La vie des personnes malades est souvent gravement handicapée. Un taux de suicide élevé. Un schizophrène sur deux fait au moins une tentative de suicide dans sa vie, 10% en meurent. Ce chiffre témoigne de l'intensité de leur souffrance et de leurs difficultés.

Une pathologie taboue. Chez les personnes qui parviennent à mener une vie quasiment normale, cette pathologie est tout de même difficile à assumer.

Schizophrénie : des traitements au cas par cas

Comment les médecins traitent-ils la schizophrénie ? Ces traitements sont-ils efficaces ? Les réponses dans cette vidéo.

Une des difficultés face à la schizophrénie est de convaincre les patients de prendre leur traitement. Beaucoup de malades sont dans le déni de leur maladie et ont donc du mal à prendre leurs médicaments sur le long terme. Ils les prennent quelques mois, puis s'arrêtent dès qu'ils se sentent mieux et rechutent.

Or une des clés de la stabilisation pour un schizophrène est justement l'observance de son traitement. Certains psychiatres travaillent précisément sur ce point.

La prise en charge de la maladie repose largement sur des traitements médicamenteux adaptés au cas par cas.

Les neuroleptiques. Introduits en 1952, ils ont révolutionné le traitement de la schizophrénie. Auparavant, seuls la camisole de force et les barbituriques étaient utilisés. A noter que ces neuroleptiques ne guérissent pas les troubles schizophréniques. Ils permettent uniquement d'en traiter les symptômes.

Aujourd'hui, grâce aux progrès thérapeutiques, on assiste souvent à des rémissions durables qui permettent aux patients de retrouver une vie sociale, affective et professionnelle.

Schizophrénie : les thérapies comportementales et cognitives

La rééducation des fonctions cognitives permet donc aux malades de reprendre la main sur leur pensée.

En France, on estime que 600.000 personnes seraient atteintes de schizophrénie, mais la moitié l'ignore. Cette pathologie qui fait peur, se déclare entre 15 et 25 ans avec des symptômes multiples et très handicapants.

Dans la prise en charge de la schizophrénie, des thérapies comportementales et cognitives (TCC) permettent aux patients de mieux comprendre leurs symptômes et de développer des stratégies pour se reconstruire. Un travail long et complémentaire des traitements médicamenteux.

Les groupes de parole basés sur les thérapies comportementales et cognitives cherchent par des jeux de rôle à restaurer une dynamique sociale et à redonner de l'autonomie au patient.

"Les thérapies cognitives et comportementales permettent de mieux gérer ses émotions, de modifier les interprétations délirantes, de mieux gérer ses hallucinations, d'apprendre de nouvelles habiletés sociales notamment comment se comporter avec les autres, l'humour… On va donc leur apprendre à gérer le quotidien, à gérer les conversations, les interactions sociales", explique le Pr Stéphane Raffard, neuropsychologue.

Schizophrénie : des avatars pour favoriser le lien social

L'avatar est un nouvel outil dans la prise en charge de la schizophrénie.

Un des problèmes de la schizophrénie, c'est la relation aux autres. Pour aider les patients à établir un lien social, des chercheurs du CHRU de Montpellier développent de nouveaux outils utilisant la réalité virtuelle et des avatars en 3D.

Dans un laboratoire de recherches du CHRU de Montpellier, on construit des avatars, c'est-à-dire une image virtuelle en trois dimensions identique morphologiquement au patient qui participe à l'étude. L'imitation est la base des interactions entre individus. C'est elle qui permet de se sentir connecté à l'autre. Chez les patients schizophrènes, le langage corporel est perturbé.

"Quand on interagit ensemble, on va se coordonner. Si deux personnes marchent l'une à côté de l'autre, elles vont se mettre à marcher au même pas. Quand on se parle, on va bouger la tête dans le même sens… Les patients souffrant de schizophrénie ne le font pas de la même façon que la population générale, ce qui fait probablement que leur interaction est de moins bonne qualité, ce qui peut aussi donner parfois un caractère étrange, un peu décalé, un peu bizarre", explique le Dr Delphine Capdevielle, psychiatre. L'avatar devrait permettre aux patients schizophrènes de réapprendre ces gestes d'imitation et réduire leurs difficultés d'interaction avec les autres.

Pour le Dr Capdevielle, l'avatar peut être une "aide pour le thérapeute en apportant des choses que le thérapeute en lui-même ne peut pas apporter : la ressemblance, la similitude, la lecture des émotions…". Une vingtaine de patients participent à l'évaluation de ce nouvel outil thérapeutique. Les premiers résultats devraient être présentés à la fin de l'été 2016.

Schizophrénie : des groupes de parole pour les proches

Dialoguer avec son enfant schizophrène n'est pas toujours simple. D'autant que les parents qui ne sont pas malades ne bénéficient pas toujours des conseils d'un psychiatre ou d'un psychologue. Certains parents ont donc beaucoup de mal à peser leurs mots, à adopter le bon ton... Et du coup toute la famille plonge dans un climat de tension.

Le réseau Profamille propose justement aux parents d'acquérir de nouvelles habitudes de communication avec le malade. On en ressort avec le mode d'emploi, ce qui permet de soulager le quotidien.

Liste des groupes Profamille qui existent en France :

- Paris : hôpital Sainte-Anne et EPS Maison-Blanche
- Rueil-Malmaison (IDF) : Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN)
- Dijon (Côte-d'Or) : Union nationale des familles et amis de personnes malades psychiques (Unafam)
- Tours (Indre-et-Loire) : clinique psychiatrique
- Limoges (Haute-Vienne) : centre hospitalier d'Esquirol
- Caen (Calvados) : hôpital d'Hérouville-Saint-Clair
- Rennes (Ille-et-Vilaine) : centre médico psychologique Saint-Exupery
- Nantes (Loire-Atlantique) : centre hospitalier Georges-Daumézon, à Bouguenais
- Cholet (Maine-et-Loire) : centre hospitalier
- Flers (Orne) : centre hospitalier
- Allonnes (Sarthe) : centre hospitalier spécialisé de la Sarthe
- Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) : centre hospitalier du Rouvray
- Dôle (Jura) : centre hospitalier spécialisé de Saint-Ylie
- Luneville-Nancy (Meurthe-et-Moselle) : centre psychothérapique de Nancy, à Lunéville
- Villerupt (Meurthe-et-Moselle) : centre médico psychologique
- Sarreguemines (Moselle) : centre hospitalier spécialisé
- Saint-Avold (Moselle) : centre hospitalier spécialisé de Lorquin
- Metz (Moselle) : centre hospitalier spécialisé de Jury-lès-Metz
- Clermont (Oise) : centre hospitalier intercommunal
- Rouffach (Haut-Rhin) : centre hospitalier
- Montpellier (Hérault) : centre hospitalier universitaire La Colombière
- Marseille (Bouches-du-Rhône) : Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), centre hospitalier universitaire Sainte-Marguerite et centre hospitalier spécialisé Valvert
- Lyon (Rhône) : centre hospitalier Le Vinatier, à Bron
- Toulon (Var) : centre médico psychologique de La Seyne-sur-Mer et foyer Espérance

Schizophrénie : les chercheurs poursuivent leur travail

Au centre anatomique d'Orsay, des chercheurs tentent d'expliquer les causes de la schizophrénie.

La schizophrénie est une maladie complexe, aux causes et aux symptômes très différents. Les recherches actuelles tentent de mettre au point de nouvelles approches pour comprendre le rôle des facteurs génétiques et environnementaux dans le déclenchement de la maladie.

Il n'y a pas une, mais des schizophrénies. D'un patient à l'autre, les symptômes peuvent être très variables et on ne connaît pas bien la cause de ces différences. Pour 30% des patients, la schizophrénie provient d'un déterminisme génétique et c'est l'interaction avec notre environnement qui va déclencher la maladie. Mais là encore, difficile de comprendre les mécanismes d'action.

"On sait que la schizophrénie a un déterminisme génétique", explique le Pr Caroline Dubertret, chef du service de psychiatrie à l'hôpital Louis Mourier, "mais c'est un déterminisme complexe puisque plusieurs gènes interviennent et ces gènes sont en interaction avec un déterminisme environnemental. Et les interactions gène-environnement vont déterminer le déclenchement de la pathologie".

Mais comment cibler chez une personne les gènes responsables de sa maladie ? Pour essayer de répondre à cette question, des chercheurs isolent des groupes très homogènes de patients schizophrènes.

Dans l'étude en cours, les chercheurs s'intéressent au cannabis, un facteur environnemental connu pour ses liens avec la schizophrénie. Les ADN de deux groupes de patients, tous atteints de la maladie, sont comparés. L'un a été consommateur de cannabis avant de développer la pathologie, l'autre non. Les scientifiques se concentrent sur un gène impliqué dans la vulnérabilité au cannabis. Ils cherchent à voir si ce gène est plus fréquemment modifié chez les schizophrènes consommateurs.

Identifier les gènes associés à un risque de schizophrénie permettra aux chercheurs de mieux comprendre la maladie et d'évaluer l'impact de l'environnement sur son déclenchement.

L'augmentation de la prise de cannabis ces dernières années n'a pour autant pas conduit à l'augmentation des cas de schizophrénie.

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