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La dépression, maladie du siècle

Selon l'OMS, la dépression figurera au deuxième rang des maladies affectant l'espèce humaine en 2020. Une personne sur dix souffrirait d'une dépression au cours de sa vie. Quels en sont les signes ? Quelles sont les différentes formes ? Quelles sont les causes d'une dépression ? Et surtout, comment en sortir et éviter les rechutes ?

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La dépression, maladie du siècle
La dépression, maladie du siècle
Sommaire

Qu'est-ce que la dépression ?

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Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes expliquent la dépression.

Un sentiment de profonde tristesse, l'impression que rien ne va, une grande fatigue… Ces symptômes peuvent évoquer la dépression. On estime que près d'une personne sur cinq a souffert ou souffrira d'une dépression au cours de sa vie.

Dans notre cerveau, il y a des milliards de cellules nerveuses organisées en réseau : les neurones. Les neurones sont excitables, c'est-à-dire qu'ils sont capables de produire et de propager un influx nerveux. Lorsque l'influx nerveux atteint la zone de jonction entre deux neurones, qu'on appelle la synapse, il provoque la libération de messagers chimiques dans l'espace inter-synaptique : les neurotransmetteurs. Ces neurotransmetteurs sont ensuite "récupérés" par le neurone voisin, la propagation de l'influx nerveux peut alors se poursuivre.

Nous avons plus de 100 neurotransmetteurs différents dans notre cerveau. Parmi eux, il y a la sérotonine qui a pour rôle d'équilibrer le sommeil, l'appétit et l'humeur. La noradrénaline gère, elle, l'attention et le sommeil alors que la dopamine est responsable de l'humeur et de la motivation. Lorsque ces neurotransmetteurs sont bien équilibrés, tout se passe bien. Mais un déséquilibre dans cette chimie du cerveau, en particulier une baisse de l'efficacité de ces neurotransmetteurs, peut dérégler la machine et des symptômes dépressifs peuvent apparaître.

Les médicaments antidépresseurs ont pour objectif de rééquilibrer le niveau de ces neurotransmetteurs et donc de "booster" le dialogue entre neurones. Le médicament empêche par exemple la "recapture" du neurotransmetteur. Il est alors disponible en plus grande quantité dans la synapse et donc plus efficace pour stimuler le neurone suivant. La baisse d'efficacité des neurotransmetteurs dans le cerveau n'est pas la seule explication biologique à la dépression, les chercheurs évoquent aussi d'autres pistes.

Les différentes formes de dépression

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Grâce à l'imagerie médicale, on pourra adapter de mieux en mieux les traitements en fonction des différentes formes de dépression.

Il existe plusieurs formes de dépression en fonction de l'évolution de la maladie.

La dépression classique, dite aiguë, fait souvent suite à un deuil ou à un stress important. Elle dure de six à huit mois au maximum et se guérit grâce à une bonne prise en charge. On parle de guérison lorsqu'il n'y a plus aucun signe dépressif pendant une durée de six mois.

Dans le cas de la dépression chronique, à l'inverse, le patient ne parvient pas à échapper réellement à la tristesse, ni aux autres signes de dépression : il fait des rechutes. Les épisodes s'enchaînent, avec plus ou moins d'amélioration entre les deux. Ce type de dépression n'est lié à aucune cause identifiable.

La dépression récurrente se définit par une répétition des épisodes dépressifs, qui sont séparés de deux mois de guérison au moins. Elle concerne surtout les hommes à l'approche de la cinquantaine.

En moyenne, il y a de quatre à six récidives en l'espace de vingt ans. Certains facteurs, comme un âge élevé, semblent augmenter les risques de rechute. Plus le premier épisode a lieu tôt ou plus il est sévère, plus le risque de répétition est élevé.

La prise en charge de la dépression

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La prise en charge de la dépression reste pour beaucoup de malades un moment difficile. Comment évalue-t-on la maladie, comment savoir si un traitement sera efficace et comment se passe le suivi ?

Les causes de la dépression sont multiples : évènements douloureux de la vie, anomalie biochimique ou encore origine génétique.

En effet, des études menées par une équipe de l'université de Pittsburgh, en Pennsylvanie, ont trouvé chez des femmes un lien entre les dépressions chroniques et une région spécifique du chromosome 2. Cela expliquerait qu'elles soient plus sujettes aux dépressions chroniques que les hommes.

Mais il existe aussi un caractère héréditaire dans les maladies psychiatriques. On parle parfois de "familles à dépression", où l'affection se transmet de génération en génération.

L'origine biochimique est évoquée grâce à l'étude des antidépresseurs. Ils agissent, en effet, sur les messagers du système nerveux : les neurotransmetteurs. Les dépressions seraient liées à une mauvaise transmission de la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline. D'où l'efficacité de certains antidépresseurs modulant la quantité de ces neurotransmetteurs.

Le traitement comporte deux volets : médicamenteux et psychologique. Il doit être suffisamment long et être poursuivi, même après les premiers signes d'amélioration.

La prescription d'un antidépresseur doit être très encadrée. En parallèle, il est essentiel que le dépressif soit vu très régulièrement par un professionnel. Différentes sortes de psychothérapies permettent d'adapter le suivi psychologique au patient et à sa dépression.

De nombreuses études ont confirmé l'efficacité pour 80% des malades de l'association médicaments-psychothérapie. Mais parfois, il faut passer par l'hospitalisation.

Un traitement en prévention des récidives fait également l'objet de recherches. Il serait prescrit en dehors des épisodes dépressifs. En attendant, on recommande aux personnes ayant eu plus de trois dépressions de poursuivre les médicaments antidépresseurs.

Sismothérapie : le traitement de choc

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La sismothérapie (ou électrochocs) permet de traiter les cas de dépression les plus graves.

La sismothérapie ou électro-convulsivo-thérapie est un des traitements de la dépression des patients qui résistent aux traitements classiques.

Mieux connue sous le nom d'électrochocs, cette thérapie a beaucoup évolué et permet aujourd'hui d'obtenir des résultats très satisfaisants.

Trouver un traitement adéquat

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Trouver le bon traitement pour la dépression peut être un processus de longue haleine. Mais la surveillance de l'activité du cerveau peut l'accélérer.

Tristesse et perte des envies, de manière durable et permamente, sont les premiers signes d'une dépression. La dépression est une vraie maladie. Une maladie qui modifie la chimie du cerveau et qui peut durer toute une vie. D'où l'importance d'une prise en charge précoce... Mais il faut souvent attendre plusieurs semaines pour savoir si un traitement est efficace.

À l'hôpital Saint-Antoine (Paris), un protocole de recherche tente d'évaluer l'effet des antidépresseurs sur le cerveau avec une ancienne technique, l'électroencéphalogramme. Il permettrait de visualiser rapidement si un malade réagit positivement à un traitement, avant même que son état ne s'améliore. Un gain de temps essentiel dans le traitement de la dépression.

Dépression : la piste inflammatoire confirmée

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La dépression liée à une inflammation du cerveau ?

On sait depuis une vingtaine d'années que l'inflammation agit sur le fonctionnement des neurones de la souris. Mais on ne savait pas encore comment le cerveau humain réagissait à l'inflammation. Et surtout s'il y avait un lien avec la dépression. L'inflammation à l'origine de certaines dépressions est une piste explorée par des chercheurs de l'université de Bordeaux.

Un patient sur deux traités par cytokine, un médicament utilisé contre le cancer et les hépatites, sombre rapidement dans une dépression sévère. Un constat surprenant qu'un laboratoire de neurologie tente de comprendre.

La cytokine stimule les défenses immunitaires de l'organisme et produit une inflammation des tissus. Mais ce que les chercheurs ont découvert, c'est qu'il produisait aussi une réaction au niveau des cellules du cerveau comme l'explique Sophie Layé, neurobiologiste : "On a pu mettre en évidence que l'inflammation dans le cerveau change le fonctionnement des neurones et provoque des altérations comportementales".

Pour prouver l'influence de l'inflammation sur ces changements de comportement, les chercheurs ont développé un modèle animal pouvant mimer certains symptômes de la dépression chez l'homme. "Les expériences ont été réalisées de très nombreuses fois et systématiquement on a observé des changements de type dépressif chez les animaux inflammés. Et ceci prouve complètement que l'inflammation est responsable de la dépression", note Sophie Layé.

En démontrant l'importance de la composante inflammatoire des personnes déprimées, ces recherches permettront d'améliorer l'effet des traitements.