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Cannabis et accidents cardiaques : une piste à explorer... rien de plus

Jeudi 24 avril, de nombreux sites d'information se sont fait l'écho de travaux français sur la toxicité du cannabis, n'hésitant pas à mettre en garde leurs lecteurs contre "de graves risques cardiovasculaires pour les jeunes" ou à affirmer que "le cannabis présent[ait] des risques mortels". Pourtant, les données publiées dans le Journal of American Heart Association n'autorisent pas à ti(t)rer des conclusions aussi alarmistes. Interrogée par Allodocteurs.fr, l'auteure principale de l'étude ne dissimule pas sa surprise... et son agacement.

Rédigé le , mis à jour le

Cannabis et accidents cardiaques : une piste à explorer... rien de plus
Cannabis et accidents cardiaques : une piste à explorer... rien de plus

Lorsqu'un patient est pris en charge pour une pathologie, les professionnels de santé cherchent à en déterminer la cause. Si toutes les causes habituelles sont écartées au cours des premiers examens, ils peuvent soupçonner l'existence d'une cause "inhabituelle" : si le malade fait état de la prise d'un médicament, ou de l'exposition à une substance chimique, le médecin doit théoriquement notifier le soupçon aux autorités de surveillance compétentes.

Une "notification spontanée" est une déclaration faite à un organisme centralisateur de la survenue, chez un patient, d'un événement indésirable dont on soupçonne qu'il a été induit par une substance donnée. S'il s'agit d'un médicament, on parle de pharmacovigilance ; dans le cas d'un produit stupéfiant, on parle d'addictovigilance.

En 5 ans - de 2006 à 2010 - 1979 de ces notifications spontanées ont, en France, concerné l'usage du cannabis. Sur ces 1979 cas déclarés, 35 ont concerné la survenue d'un trouble cardiovasculaire grave.

"Il est très difficile d'établir un lien de cause à effet", insiste Emilie Jouanjus, docteur en pharmacologie et coauteure des travaux. "Ce que nous observons, c'est un accroissement du nombre de notifications [relatives à ces pathologies]", "une tendance", même si le nombre de cas déclarés - cinq par an - "est évidemment très faible".

Les notifications spontanées en addictovigilance sont généralement faibles, du fait du caractère illégal de la substance concernée. L'augmentation du nombre de déclarations pourrait avoir une origine purement sociologique – les patients faisant peut-être plus volontiers part de leur usage du cannabis à leur médecin qu'auparavant (du fait, par exemple, de représentations moins culpabilisantes de cette substance dans la société).

Plus dangereux pour le cœur que le tabac ?

Mais l'important reste de déterminer si, même très rares, des effets graves peuvent être imputables au cannabis. En Europe, le cannabis étant presque toujours consommé avec du tabac, il faudrait pouvoir déterminer si, à âges et consommations égales, le mélange cannabis/tabac produit un effet spécifique. "C'est effectivement l'une des limites de l'étude", note Emilie Jouajus. "C'est très difficile à de réaliser cette comparaison, puisqu'en France, le tabac - comme l'alcool - ne rentre pas dans le champ de l'addictovigilance."

Dans les années 1970, des études cannabis contre placebo ont effectivement suggéré un possible effet spécifique du chanvre indien, mais aucune étude n'a jamais approfondi cette question et mis ces soupçons en perspective.

Le travail mené par Emilie Jouajus et ses collègues du réseau national d'addictovigilance sont importants, en ce qu'ils incitent les professionnels de santé à rester – précisément – vigilants sur cette question d'une potentielle toxicité du cannabis.

Ces quelques notifications spontanées annuelles mettent peut-être simplement en exergue un effet du tabac. Peut-être relèvent-elles d'un effet statistique (un petit pourcentage de maladies cardiovasculaires touche la population des hommes jeunes, parmi lesquels se trouvent des consommateurs de cannabis, sans lien de cause à effet). Mais peut-être, aussi, ces notifications spontanées mettent-elles le doigt sur une toxicité spécifique méconnue du cannabis. Pour l'heure, les auteurs de l'étude se sont contentés de rapporter "un signal". 

Source : Cannabis Use: Signal of Increasing Risk of Serious Cardiovascular Disorders. Emilie Jouanjus et coll. J Am Heart Assoc. doi: 10.1161/JAHA.113.000638

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