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Musique et cerveau : la musique, une drogue auditive

♬ MUSIQUE ET CERVEAU - Le cliché "sexe, drogues et rock'n'roll" résume à lui seul le possible lien entre musique et addiction. Mais les scientifiques se demandent désormais en quoi une meilleure connaissance des effets de la musique sur notre cerveau peut nous donner des outils pour lutter contre les addictions.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique de Jean-Marie Leau, du 17 novembre 2011

Peut-on être accro à la musique ? Lorsqu'on sait combien de fois on peut écouter en boucle certaines chansons alors que d'autres frisent l'orgasme en mimant le solo final d'Hotel California sur un manche de guitare imaginaire, on est en droit de se poser la question.

L'humanité est dépendante de la musique, c'est un fait. On le sait notamment par la visualisation des zones du cerveau activées par la musique, des zones différentes de celles du langage et surtout plus directement reliées aux émotions. On sait également que dès le cinquième mois de la vie foetale, le bébé réagit déjà au rythme du coeur de sa mère, aux voix et aux mélodies. Enfin, on le sait grâce à la recherche archéologique avec la découverte de flûtes taillées dans des défenses de mammouths de plus de 35.000 ans.

La musique comme la drogue ?

On a découvert que notre cerveau réagissait à la musique comme il réagit aux sources d'addictions comme les stupéfiants. Un chercheur en psychologie musicale à Montréal a fait une expérience banale mais révolutionnaire. Robert Zatorre a simplement demandé à des individus d'écouter l'une de leurs chansons préférées, au casque, plusieurs fois d'affilée, comme chacun de nous peut le faire tous les jours dans le métro ou dans sa voiture. Pendant ce temps, avec son équipe, il a analysé les réactions de leur cerveau. Deux modes d'analyses : la tomographie qui permet d'observer quelle zone est chimiquement activée et la résonance magnétique qui décrypte la succession dans le temps des activités du cerveau.

Zattore a fait deux découvertes, dont on avait déjà l'intuition, mais dont il a apporté la preuve scientifique. D'une part notre cerveau produit de la dopamine lorsqu'on écoute une mélodie que l'on aime. La réaction chimique à un plaisir purement esthétique est ainsi comparable à celui que provoque un plaisir gastronomique, sexuel, la drogue ou le jeu. La dopamine est l'hormone de la satisfaction, secrétée naturellement par notre cerveau.

Deuxième enseignement de cette étude : le cerveau anticipe le plaisir, prévoit l'arrivée du moment culminant d'une musique, le refrain par exemple... Les compositeurs le savent et jouent sur cette anticipation, sur la "montée" dans une chanson pour aboutir sur une note qui libère, dénoue toute la mélodie et provoque chez l'auditeur une sorte de soulagement physique quand elle retentit. On retrouve exactement ce type d'effet psycho-actif, de ritualisation du plaisir et de la béatitude programmée chez les toxicomanes, les alcooliques et les joueurs. Cela s'appelle un rush.

Un album sur la dépendance

En résumé, en observant le cerveau des mélomanes, on en apprend sur les comportements liés aux addictions. Un psychiatre addictologue de l'hôpital Paul Brousse à Villejuif est allé encore plus loin dans cette démarche. C'est l'histoire d'un psychiatre, Laurent Karila, fou de hard rock qui apprend que Renaud Hantson le leader du groupe culte Satan Joker cherche à guérir de son addiction. Karila lui suggère de faire un album qui traiterait de l'addiction. Hantson, voulant se débarrasser de lui lui demanda d'écrire les textes. Treize jours plus tard, treize textes sont écrits. Ils font la musique, enregistrent et cela donne le premier album préventif de l'histoire du hard rock. Chaque titre correspond à un des stades du processus de dépendance. Cela va de la découverte du produit, sa consommation addictive, jusqu'au désir de sevrage sans oublier les rechutes.

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