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Les mystères du cerveau des ados

Depuis les années 2000, les neurosciences permettent de décortiquer peu à peu le fonctionnement de notre cerveau, l'organe le plus mystérieux et le plus complexe du corps humain. Et l'adolescence apparaît comme un moment charnière ! Explications.

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Au coeur du cerveau des ados

Marina Carrère d'Encausse et Benoît Thevenet expliquent le processus de maturation du cerveau.

Le cerveau est divisé en deux hémisphères, droit et gauche. L'hémisphère droit commande la partie gauche du corps et l'hémisphère gauche en contrôle la partie droite. Il est composé de milliards de neurones.

La couche supérieure du cerveau correspond au cortex, c'est la fameuse matière grise. Il s'organise en différentes régions que l'on appelle les aires corticales, et chacune a une fonction spécifique : aire de la vision, de l'audition, du goût ou encore du toucher.

En passant à la loupe des centaines d'IRM cérébrales, les scientifiques ont récemment compris qu'à l'adolescence, le cerveau traversait en quelque sorte une période de reformatage complet. Un peu comme un logiciel qui se met à jour et passe à la version supérieure plus performante. Mais cette "mise à jour" ne se fait pas dans toutes les régions du cerveau à la même vitesse.

Quand on regarde la maturation cérébrale entre l'âge de 4 ans et de 21 ans, ce décalage apparaît très clairement. Le processus de maturation commence par la région motrice… Et plus les zones auront des informations complexes à gérer, plus elles vont "maturer" lentement. Les zones des émotions sont situées dans une région appelée le système limbique. Les zones de contrôle, elles, sont situées dans le cortex préfrontal, zones qui orchestrent les fonctions cognitives.

La crise d'adolescence, un processus biologique

Grâce à l'IRM, on sait maintenant que les zones de contrôle terminent leur processus de maturation bien après les zones des émotions. C'est la raison pour laquelle les adolescents sont souvent à fleur de peau et prennent des risques.

La crise d'adolescence n'est pas seulement liée à l'envie de tuer papa et maman, il s'agit en fait d'un processus biologique. Ce processus de maturation, d'élagage synaptique se termine vers 22-25 ans. Assez tard. Et ce n'est qu'à cet âge que l'on commence à vraiment raisonner comme un adulte.

À l'adolescence, le cerveau traverse une période de profonde métamorphose. Un peu comme s'il essayait différentes configurations avant de choisir son organisation finale. C'est ce qu'on appelle l'élagage synaptique. Le cerveau se débarrasse des connexions entre neurones qui n'ont pas ou peu servi pendant l'enfance afin d'optimiser son fonctionnement à l'âge adulte. Mais toutes les zones ne maturent pas à la même vitesse.

En superposant des centaines d'IRM d'enfants, il apparaît que leur zone de contrôle est assez éparpillée. Seule une petite zone est communément activée chez tous les enfants. À l'âge adulte, le cerveau a rangé ses neurones, tous ceux qui participent au contrôle sont réunis dans une zone. Le système de contrôle est donc plus efficace.

"C'est un peu comme si on était dans une voiture où l'accélérateur allait devenir de plus en plus puissant, la voiture devient de plus en plus puissante… Mais le système de freinage est lui toujours identique. C'est-à-dire qu'on a affaire à un système qui est difficile à manœuvrer et c'est un peu la situation dans laquelle est l'adolescent", explique Arnaud Cachia, professeur en neurosciences au CNRS.

Si les ados sont ingérables, en fait ce n'est pas totalement de leur faute : "Les comportements que l'on observe à l'adolescence, de prises de risques parfois qui nous paraissent insensées, une réactivité émotionnelle très forte… c'est le développement normal", affirme Arnaud Cachia. Mais cette capacité à prendre des risques n'a pas que des inconvénients, c'est elle aussi qui permet aux adolescents d'expérimenter de nouvelles choses et de partir à la conquête du monde.
 

* Le laboratoire recherche actuellement des volontaires âgés de 16-17 ans pour participer à un nouveau projet de recherche en imagerie à Paris. L'objectif : étudier le contrôle cognitif à l'adolescence.

Ados : dépister au plus tôt la schizophrénie

En tentant de dépister la schizophrénie dès ses prémices, les psychiatres espèrent agir avant la fin du processus d'élagage synaptique avant que la maladie ne soit ancrée.

C'est aussi lors de ce processus d'élagage synaptique que peuvent survenir certaines maladies psychiatriques comme la schizophrénie. Cette pathologie touche 1% de la population, un taux identique quel que soit le pays.

Pour dépister la schizophrénie, les psychiatres soumettent les ados à un long questionnaire. C'est en comparant le score de chacune des réponses que le diagnostic peut tomber : "Au delà d'un certain seuil de sévérité, on considère que si les symptômes (voix entendus sous l'emprise de la drogue…) sont très fréquents, on va être dans la maladie. En dessous d'un certain seuil, on considère qu'on n'est pas du tout dans la maladie. Et lorsqu'on est au milieu, il peut y avoir un niveau de risque important", explique le Dr Olivier Gay, psychiatre-chercheur.

On sait déjà que plusieurs paramètres entrent en jeu : la génétique, les expériences vécues, les événements stressants, la prise de drogue… et enfin l'élagage synaptique. C'est après cet élagage et à la faveur des autres paramètres que la maladie s'imprime irrémédiablement dans le cerveau.

Les psychiatres tentent de plus en plus de dépister la maladie avant qu'elle ne s'ancre définitivement, pour tenter de jouer sur la plasticité cérébrale et le processus d'élagage synaptique afin d'éviter la bascule : "Chez des patients qui souffrent de troubles schizophréniques, on se rend compte qu'il y a un excès de cet élagage synaptique. Du coup, les circuits neuronaux vont moins bien fonctionner et ces dysfonctionnements vont se traduire par les symptômes de la maladie. Tant que la maladie n'est pas formellement installée, il y a toujours cette possibilité et il y a toujours un intérêt à mettre en place une prise en charge pour empêcher que ça bascule".

Les trois quarts des jeunes qui révèlent après le dépistage un niveau de risque élevé de tomber dans la maladie échappent à la schizophrénie.

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