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Cancer de l'estomac : quelle vie après la chirurgie ?

Même si les progrès de l'hygiène alimentaire - la conservation, par exemple - l'ont fait reculer depuis quarante ans, le cancer de l'estomac reste le cinquième cancer en nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Quels sont les facteurs de risque ? Peut-on vivre sans estomac ?

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Cancer de l'estomac : quelle vie après la chirurgie ?
Cancer de l'estomac : quelle vie après la chirurgie ?
Sommaire

Qu'est-ce qu'un cancer de l'estomac ?

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Marina Carrère d'Encausse et Benoît Thevenet expliquent le cancer de l'estomac.

Avec 7.000 nouveaux cas chaque année en France, le cancer de l'estomac est au cinquième rang des cancers les plus fréquents. Le cancer de l'estomac touche essentiellement les personnes âgées de plus de 65 ans et plus souvent les hommes que les femmes.

L'estomac fait partie de l'appareil digestif. Il est situé dans la partie supérieure de l'abdomen. Sa muqueuse renferme des glandes qui sécrètent des enzymes et de l'acide chlorhydrique. Grâce à leur action, les aliments sont brassés et fragmentés en un mélange plus facilement assimilable par l'organisme. Neuf fois sur dix, le cancer primaire de l'estomac se développe à partir de la couche de cellules formant la muqueuse de l'estomac, c'est-à-dire celle qui est au contact direct avec le bol alimentaire. Ce sont les cellules épithéliales.

Le seul moyen de détecter ce type de cancer est la gastroscopie. On introduit une caméra miniature par la bouche jusqu'à l'estomac pour visualiser l'aspect de la muqueuse interne et détecter la présence de lésions suspectes. L'aspect habituel du cancer est une tumeur bourgeonnante ulcérée, généralement de grande taille, avec des bords surélevés.

L'adénocarcinome est un cancer qui se développe aux dépens des glandes de la muqueuse gastrique. Ce type de cancer de l'estomac peut faire suite à des inflammations chroniques de l'estomac. Des gastrites souvent provoquées par une bactérie, l'Helicobacter pylori. D'autres causes existent.

Un test sanguin pour détecter le cancer de l'estomac ?

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Reportage du 24 mars 2016

Les patients à risque doivent se soumettre régulièrement à des fibroscopies de contrôle. Des chercheurs tentent donc de mettre au point un outil de diagnostic moins invasif fondé sur un simple test sanguin.

Dans le service de gastro-entérologie du CHU de Nantes, on propose aux patients souffrant de l'estomac de participer à une étude. "Nous menons une étude de recherche qui vise à évaluer la possibilité de détecter certaines lésions dans l'estomac par un test sanguin, c'est-à-dire par une simple prise de sang", explique le Pr Tamara Matysiak-Budnik, gastro-entérologue et oncologue. Pour faire partie de cette recherche clinique, l'accord écrit du patient est indispensable.

"Actuellement, ce test est encore en cours de validation. Le patient doit effectuer prise de sang et en même temps une fibroscopie pour vérifier si le test reflète de manière correcte l'état de la muqueuse gastrique", précise le Pr Matysiak-Budnik. Durant la fibroscopie, une biopsie de l'estomac est également réalisée. Il s'agit de pouvoir comparer la réalité de la muqueuse aux résultats du test sanguin.

C'est uniquement dans le sérum du sang que se trouvent les trois indicateurs qui seront mesurés. Ils sont la preuve du bon fonctionnement de l'estomac. Et leur présence et leur quantité varient dans la transformation de la muqueuse en cancer. "Le premier événement dans le processus qui peut conduire jusqu'au cancer, c'est l'infection par l'Helicobacter pylori. On s'infecte très tôt dans l'enfance, avant l'âge de 3 ans le plus souvent, et elle colonise l'estomac, elle s'installe dans la muqueuse gastrique et elle commence le processus progressif de destruction de cette muqueuse", souligne le Pr Matysiak-Budnik, "Le deuxième élément est la gastrine qui est une hormone et sa fonction est de stimuler la sécrétion acide. Enfin le troisième élément est le pepsinogène qui est une enzyme sécrétée par les cellules du fundus".

Ces trois éléments ont des rôles différents dans l'estomac. Mais ils sont totalement interdépendants. Du coup, le dérèglement de l'un d'eux peut désorganiser le fonctionnement de la muqueuse et progressivement la détruire. C'est alors que le risque de cancer de l'estomac apparaît. "Ces trois facteurs nous permettent d'évaluer l'état de la muqueuse gastrique, de l'intérieur de l'estomac, de la fonction de l'estomac et ainsi de prédire les risques de développer un cancer de l'estomac chez un patient donné", confie le Pr Tamara Matysiak-Budnik.

Un dépistage d'autant plus utile que le cancer de l'estomac est silencieux et se développe lentement, parfois sur plus de dix ans. Les premiers résultats de cette étude en France seront publiés en 2017.

Prévenir le cancer de l'estomac

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Attention images de chirurgie ! Ablation d'un polype de l'estomac

Quand des lésions de la muqueuse de l'estomac ont été repérées lors d'une fibroscopie, on propose au patient une endoscopie digestive. Une intervention sous anesthésie générale, peu invasive et qui permet de retirer les lésions suspectes.

Quand des polypes suspects sont détectés dans l'estomac, il est important de les enlever. "Les polypes sont des malformations cellulaires qui sont des états précancéreux et qui évoluent de façon séquentielle et relativement lente vers le cancer si on ne fait rien", explique le Pr Emmanuel Coron, chirurgien gastro-entérologue.

L'exploration de l'estomac se fait avec un endoscope équipé d'une caméra. Pour bien identifier l'état des cellules anormales, le chirurgien utilise un nouveau système d'images haute définition qui permet de zoomer et de coloriser artificiellement la muqueuse.

Un bistouri électrique est introduit dans l'endoscope pour marquer les limites de la lésion. Une fois le contour terminé, il faut évaluer l'épaisseur du polype. Il ne faut pas couper la sous-muqueuse qui protège les muscles de l'estomac. Il est donc important de la repérer en injectant un liquide avant de commencer l'ablation.

Une fois la muqueuse préparée, c'est avec un bistouri électrique que le chirurgien retire la lésion. Cette intervention reste toutefois délicate même quand tout est bien repéré. Après avoir été découpée, la lésion est extraite et envoyée au laboratoire d'anatomopathologie où elle est analysée pour définir très précisément de quelle lésion il s'agit, de quel type de cellules il s'agit…

S'il s'agit de cellules carcinomateuses donc un cancer, le patient doit être réopéré. Tout l'enjeu de l'endoscopie est d'intervenir au plus vite avant que le cancer ne se développe. Si les résultats sont négatifs, le patient est guéri. Mais il devra malgré tout faire une fibroscopie tous les six mois pour vérifier que d'autres cellules anormales ne se développent pas.

Préserver une partie de l'estomac

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Quand le cancer de l'estomac est diagnostiqué, la chirurgie est inévitable. On pratique alors une gastrectomie, c'est-à-dire une ablation de l'estomac.

Toutefois on n'enlève pas toujours tout l'estomac. Il est parfois possible de préserver une partie de l'estomac. Cela dépend du volume de la tumeur et de sa localisation.

Parfois seule une partie de l'organe est retirée, on parle alors de gastrectomie partielle.

Réapprendre à manger sans estomac

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Ce qui est dommage, c'est qu'il faut parfois souffrir de complications post-opératoires pour bénéficier d'un véritable accompagnement diététique post-opératoire. Michel retrouve ainsi plusieurs mois après son opération des menus étonnants.

Cancer de l'estomac : un nouveau traitement à l'essai

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Dans certains cas, lorsque les chimiothérapies et radiothérapies ne suffisent pas à enrayer le cancer de l'estomac, lorsque la chirurgie n'est pas indiquée ou quand le patient présente une forme particulière du cancer de l'estomac, il peut être intégré à un essai clinique.

Un traitement récent, mis au point par un laboratoire américain, a donné des résultats intéressants sur des cancers de la peau et rénaux. À l'Institut Gustave Roussy de Villejuif, ce traitement est appliqué, à l'essai, au cancer de l'estomac.

Pour cet essai clinique, les patients doivent présenter un bon état rénal, hépatique et immunitaire. Ils ne doivent pas avoir d'antécédents d'auto-immunité. Tous les patients qui ont eu des maladies comme les lupus, les polyarthrites rhumatoïdes, les maladies de Crohn, les rectocolites hémorragiques… sont contre-indiqués à cet essai thérapeutique puisqu'il existe "des risques de réactiver l'immunité et donc d'avoir de nouveau des symptômes tels que les diarrhées…", explique le Dr Antoine Hollebecque du service des innovations thérapeutiques de l'Institut Gustave Roussy.

Chez certains patients atteints du cancer de l'estomac, les cellules tumorales contiennent en surface des protéines qui empêchent les cellules immunitaires de les combattre. Le traitement administré par perfusion contient des anticorps qui vont bloquer l'action de ces protéines. Cela permet alors au système immunitaire du patient de reconnaître et d'éliminer la cellule tumorale. Mais seules les personnes exprimant cette protéine particulière peuvent prétendre à ce traitement. On estime que 20% des patients atteints de cancer tous types confondus en sont porteurs. Ce traitement a également donné des résultats très encourageants sur le mélanome avec une nette diminution de la tumeur chez certains patients.

Les patients participant à cet essai clinique doivent passer une fibroscopie pour évaluer l'effet du médicament sur leur cancer de l'estomac. 350 patients font partie de cet essai clinique.

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