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Quelle recherche dans l'arthrose ?

L'arthrose touche 10 millions de personnes en France. A l'heure actuelle, la prise en charge peine à soulager les patients. Excellente nouvelle, la recherche s'active pour trouver des solutions plus efficaces que le paracétamol ou les anti-inflammatoires…

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Quelle recherche dans l'arthrose ?
Quelle recherche dans l'arthrose ?

De nouveaux médicaments

Plusieurs traitements de l'arthrose sont en cours d'évaluation et laissent espérer des résultats encourageants. "Une première voie concerne des traitements à visée symptomatique de type biothérapie, détaille le Pr François Rannou, rhumatologue et médecin rééducateur. Il s'agit d'anticorps ciblés contre un facteur biologique de la douleur, le NGF." Les NGF ("nerve growth factor") sont des substances du corps, impliquées dans la croissance des nerfs et jouent un rôle dans la transmission de la douleur par les nerfs. On constate également des niveaux élevés de NGF dans les douleurs chroniques. Plusieurs molécules "anti NGF", comme le fasinumab, le fulranumab et le tanezumab[1] ont montré des résultats intéressants. Ces médicaments pourraient arriver sur le marché rapidement, courant 2018 et consistent en une injection sous-cutanée tous les deux mois.

L'arthrose en deux mots

C'est la maladie articulaire la plus fréquente, en particulier après 40 ans… Elle est provoquée par la dégénérescence du cartilage, qui s'amincit, se fissure puis finit par disparaitre. L'os qui est en continuité se remodèle et forme les "becs de perroquets", des excroissances osseuses.

Douleurs, raideurs et gonflements altèrent la qualité de vie des patients et les articulations touchées fonctionnent moins bien. Il s'agit fréquemment du genou, de la hanche, des petites articulations de la main, comme celle de la base du pouce.

La prise en charge repose sur plusieurs axes : le traitement médical pour soulager la douleur (antalgiques, infiltration de corticoïdes et d'acide hyaluronique), l'hygiène de vie avec la pratique d'une activité physique, une perte de poids si surpoids. En dernier recours, une chirurgie peut être proposée dans certains cas. 

"Une autre voie est d'aller apporter des facteurs de croissance pour stimuler la production de cartilage ou au moins inhiber sa destruction", ajoute le Pr F Rannou. Le FGF 18, ou sprifermine[2], est injecté dans l'articulation et les premiers résultats semblent encourageants.

Autre voie de recherche testée : utiliser des molécules existantes, les corticoïdes et améliorer leur durée d'efficacité par le biais de nouveaux  transporteurs. "Le transporteur de la molécule participant à la stabilité du médicament, le développement de nouveaux transporteurs peut donc améliorer la stabilité et finalement la durée de vie du médicament !"


[1] Lane NE(1), Schnitzer TJ, Birbara CA, Mokhtarani M, Shelton DL, Smith MD, Brown. MT. Tanezumab for the treatment of pain from osteoarthritis of the knee. N Engl J Med. 2010 Oct 14;363(16):1521-31. doi: 10.1056/NEJMoa0901510. Epub 2010, Sep 29

[2] A first-in-human, double-blind, randomised, placebo-controlled, dose ascending study of intra-articular rhFGF18 (sprifermin) in patients with advanced knee osteoarthritis. Dehiberg. Clin Exp Rheumatol. 2016 May-Jun;34(3):445-50. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27050139

Les prometteuses cellules souches

Les cellules souches font rêver les chercheurs et les patients. Un projet montpelliérain, baptisé ADIPOA est particulièrement avancé et se fonde sur les cellules souches adipocytaires (des cellules prélevées initialement dans le tissu graisseux). Elles sont connues pour leur capacité à produire des facteurs de croissance des cellules souches du cartilage. En d'autres termes, elles vont stimuler la production des chondrocytes, les cellules du cartilage.

Les traitements non médicamenteux, à promouvoir !

Ces "traitements" ne sont pas en comprimés ou injections mais ils devraient être systématiquement proposés aux patients souffrant d'arthrose. Il s'agit tout d'abord de la perte de poids, qui a prouvé ses effets bénéfiques sur l'arthrose de certaines articulations. Le surpoids est en effet délétère sur les articulations en charge, comme les genoux et les hanches, puisqu'il augmente les contraintes pesant sur l'articulation. 

Autre axe : la rééducation, prescrite par un médecin et effectuée par un kinésithérapeute. "Elle  consiste à renforcer les muscles qui stabilisent l'articulation, à lutter contre l'enraidissement et à améliorer les capacités physiques du patient, détaille le Pr F. Rannou.Tous les patients devraient le faire !"

Des mesures aspécifiques seraient également intéressantes en prévention de l'arthrose, selon le rhumatologue : elles consisteraient à lutter contre le surpoids et favoriser l'activité physique dans la population générale.  "Le 1er mars, la prescription d'activité physique adaptée entrera en vigueur, s'enthousiasme le rhumatologue et médecin rééducateur. C'est une avancée majeure…"

Elles sont injectées dans l'articulation malade, comme une simple infiltration. "La phase 1[3] avait montré une baisse de la douleur et une amélioration de la fonctionnalité de l'articulation chez 80% des patients mais elle portait sur un nombre faible de patients, non comparés à un placebo" (Source : Inserm, Cellules couches et thérapie cellulaire). 

Quelques patients avaient souffert d'une douleur transitoire de l'articulation ainsi qu'un gonflement après l'injection. Fin 2015, la phase 2 a débuté à la fin 2016 et elle a inclus 150 patients atteints d'arthrose modérée à sévère. Ils ont été répartis au hasard en deux groupes de 50 patients recevant chacun une dose différente de 20 millions de cellules souches ; 1 groupe de 50 patients sans injection, fera office de placebo. "Les résultats sont confirmés par plusieurs études et aucun effet secondaire sévère n'a été détecté pour le moment", d'après le Pr Jorgensen qui révèle un objectif de commercialisation du produit dans 3 à 5 ans.

"Ces cellules souches ont un pouvoir surtout anti-inflammatoire mais elles ne font pas repousser  le cartilage", nuance le Pr Rannou. En d'autres termes, elles vont agir sur les symptômes, mais pas sur la régénération du cartilage.

Un implant intelligent

Les chercheurs travaillent également sur un autre concept : un "implant intelligent" avec des cellules souches, qui reconstruiraient le cartilage déficient. C'est ce que fait une équipe de l'Inserm à Strasbourg, dirigée par Nadia Benkirane-Jessel et spécialisée dans la nanomédecine regénérative. 

L'implant dispose de deux compartiments : l'un est un pansement thérapeutique, recouvert de nanoréservoirs contenant des facteurs de croissance de l'os ; l'autre contient des cellules souches capables de se différencier aussi bien en cellules osseuses qu'en cellules cartilagineuses. Cet implant présente plusieurs avantages : les cellules souches en grandissant passent dans le pansement et stimulent la production des facteurs de croissance, qui stimulent les cellules souches. Il agit donc à la fois sur la production de cartilage et sur l'os situé sous le cartilage. "Attention, c'est uniquement chez l'animal actuellement", commente le rhumatologue. Les chercheurs attendent des financements pour lancer un essai clinique de phase 1 chez l'homme…

En Corée, une injection de certaines cellules souches (mésenchymateuses allogéniques) est déjà autorisée depuis 2013 (source : Inserm, Cellules couches et thérapie cellulaire).


[3] Adipose Mesenchymal Stromal Cell-Based Therapy for Severe Osteoarthritis of the Knee: A Phase I Dose-Escalation Trial. Pers. Stem Cells Transl Med. 2016 Jul;5(7):847-56. doi: 10.5966/sctm.2015-0245

 

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Les recherches en chirurgie

"Il y a des améliorations en chirurgie, ajoute le Pr Rannou. On essaie de faire des implants mieux adaptés à chaque personne, avec des matériaux qui durent plus longtemps." La durée d'une prothèse est en effet aujourd’hui d’une vingtaine d’années alors qu’auparavant on était plus proche de dix ans.

Des chercheurs suisses ont mis au point un dispositif médical composé de deux pâtes : l'une est en acide hyaluronique et l'autre en collagène, deux substances présentes dans l'articulation. Elles sont injectées et façonnées par le chirurgien pour former une matrice, semblable à celle du cartilage et combler, par exemple, un trou dans le cartilage.

Le problème de l'arthrose de la colonne vertébrale

Les progrès détaillés dans cet article concernent l'arthrose dite périphérique (des articulations des membres). "Pour la colonne vertébrale, il y a moins d'évolution, déplore le Pr François Rannou. Mais il y a des travaux de recherche axés sur l’arrêt ou le ralentissement de l'arthrose du disque intervertébral".

La différence avec l'arthrose périphérique est dans l'absence de vascularisation des disques situés entre les vertèbres. "Il faut donc trouver des molécules injectables dans le disque, pour bloquer l'inflammation ou la destruction", explique-t-il. Heureusement pour les patients, les chercheurs font de leur mieux pour soulager enfin l'arthrose...

 

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