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Le blog du Dr Tourmente

Le blog du Dr Tourmente

La réponse du psy

Rédigé le 30/03/2015 / 0

La réponse du psy, c'est une idée performante de psychiatres français pour offrir aux patients souffrant de maladies mentales et à leurs proches, une information de qualité et indépendante. Il offre des fiches complètes et accessibles sur les pathologies fréquentes (dépression, trouble bipolaire, les troubles du comportement alimentaire), mais aussi plus rares, comme la trichotillomanie. Présentation du site par un de ses fondateurs, le Pr Raymund Schwan…

Pourquoi un site sur les maladies mentales ?

J'avais travaillé sur un programme d'éducation thérapeutique pour les patients atteints de dépression, à Nancy, avec d'autres hôpitaux partis en France. Nous avons cherché ce qui était proposé sur Internet pour les malades hospitalisés : au Canada, il y a beaucoup de choses très bien faites mais en France, il y a beaucoup de sites où l'information n'était pas bonne. Nous avons voulu avec des collègues mettre des fiches en place, pour proposer un site sur les maladies mentales, mais sans vouloir promettre des miracles, en informant de façon objective (on ne sait pas tout, ça ne marche pas toujours, la prise en charge est parfois lente ou difficile).

Nous allons faire des petits livres aussi, dans cette idée, faciles à lire et relativement complets tout de même. Nous aborderons aussi les pathologies rares, qui connaissent peu de personnes (crise psychogène dans l'épilepsie).

Qui rédige les fiches du site et les livres ?

A 99% ce sont des médecins qui rédigent les fiches et les livres, sauf pour des techniques particulières (un neuropsychologue, un ergothérapeute, etc … sont mieux placés pour parler de leur activité).

Pourquoi un site sur les maladies mentales ?

Les sites abordant les maladies mentales sont a priori d'une qualité hétérogène, il y a un manque d'informations sur les maladies mentales en France. 90% des patients dépressifs sont traités depuis longtemps et ne savent toujours pas que c'est une maladie, qu'il y a des mécanismes neurologiques dessous, que ce n'est pas une faiblesse de la personnalité. Donc ils ont honte parce qu'ils se sentent faibles…

Quand on a une grippe, on sait ce qui nous attend et que ce n'est pas de notre faute. Quand on a une dépression, on ne comprend pas ce qui nous arrive, pourquoi les petites choses nous affectent comme si c'était la fin du monde ; quand les patients comprennent que c'est une maladie, qu'elle peut guérir, ils sont beaucoup moins inquiets.

Les maladies mentales sont beaucoup plus stigmatisées, il est donc difficile d'en parler, de chercher les informations à ce sujet. C'est plus compliqué que dans d'autres maladies chroniques, où les patients sont plus organisés. Ca fait partie de notre devoir de médecin, de livrer des informations sur la maladie dont on souffre, sur les médicaments.

Nous, on aimerait tellement que les patients sachent plus de choses et les patients aimeraient savoir plus de choses !

Il s'agit d'un site indépendant des laboratoires, comment est-il financé ?

Nous sommes en effet indépendants de l'industrie pharmaceutique et cela donne une grande liberté ! Au départ, nous avons financé nous-mêmes le site et travaillons bénévolement ; le financement se fait uniquement sur la toute petite marge des livres (avec un système d'impression sur commande).

 

Booster sa libido en dormant plus ?

Rédigé le 24/03/2015 / 0

Pas de libido après une mauvaise nuit ? Vous n'êtes pas la seule, rassurez-vous : une étude a examiné le retentissement du manque de sommeil sur la sexualité féminine  et montre que le désir y est très sensible... Elle a ét publiée dans le Journal of Sexual Medicine, le 16 mars 2015.

L'étude du Dr David Kalmbach s'est penchée sur 171 étudiantes d'une université américaine, ne prenant pas d'antidépresseurs, et a analysé leur sommeil et leur vie sexuelle.

Les participantes ont fait des examens en laboratoire puis rempli en ligne, durant 14 jours consécutifs, des questionnaires évaluant l'excitation, le désir sexuel, l'orgasme. Elles indiquaient également s 'il s'agissait d'une activité sexuelle en couple ou de masturbation. Des questionnaires portant sur la dépression et l'anxiété étaient également utilisés.

Après analyse des résultats, les chercheurs concluent que plus la durée de sommeil est longue, plus le désir sexuel le lendemain est important. Une heure de sommeil supplémentaire était associée à une augmentation de 14% des chances de s'engager dans un rapport sexuel… Traduction des auteurs : une heure de sommeil en plus augmente la libido des femmes. Les réponses sexuelles (la lubrification et les modifications vaginales, que l'on constate lorsque les femmes sont excitées) étaient également améliorées.

En revanche, dormir plus que prévu était associé à une baisse de l'excitation sexuelle le lendemain.

Le désir sexuel dépend de nombreux facteurs, la fatigue, l'humeur, l'âge, des facteurs que les auteurs ont modélisés pour déterminer quelle était la part du sommeil dans le désir. Si les résultats observés étaient indépendants de la dépression et de l'anxiété, l'âge et l'impact des règles, d'autres éléments interviennent aussi dans la libido féminine, comme la relation avec le partenaire, son comportement,…

Pour les auteurs une durée de sommeil suffisante est importante pour un meilleur désir sexuel et influence la probabilité d'avoir un rapport sexuel avec son partenaire.

Prendre soin de son sommeil pour améliorer sa libido, c'est là  un conseil gratuit et plutôt simple à mettre en oeuvre… si en pratique, vous constatez que votre désir est sensible à la durée de vos nuits !

Etude source : The Impact of Sleep on Female Sexual Response and Behavior: A Pilot Study.Kalmbach et all. J Sex Med. 2015 Mar 16. doi: 10.1111/jsm.12858. [Epub ahead of print]

 

Livres santé : quoi de neuf en 2015 ?

Rédigé le 10/03/2015 / 0

Post rapide pour vous faire part de deux collections qui sortent du lot, par leur accessibilité et leur qualité.

Tout d'abord, celle de l'INSERM, institut référent en matière de recherche médicale, intitulée Choc Santé, aux éditions le Muscadier. Leur premier ouvrage se consacre à la maladie d'Alzheimer qui touche 850 000 Français. Compréhension de la maladie mais avant tout des malades eux-mêmes, il se veut un véritable outil d'éducation thérapeutique pour les aidants familiaux. Les techniques innovantes d'imagerie sont expliquées et les traitements y sont parfaitement décrits.

Le second livre de la collection est dédié à la dépression : symptômes, causes, traitements sont décortiqués puis un point est fait sur la recherche (nouvel antidépresseur, amélioration des psychothérapies, programme psycho-éducatif).

Une collection qui bénéficie d'un prix mini, inférieur à 10€.

Le grand livre de…

Aux éditions Eyrolles, c'est la collection Le grand livre de… qui a retenu mon attention. Après avoir traité des médecines alternatives, elle s'est attaquée à la gynécologie, puis  la grossesse, avec l'aide du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Le dernier ouvrage en date traite de la fertilité, de ses causes et il fait un point sur les traitements mis en route lorsqu'une grossesse se fait attendre.

Bonne lecture !

Quand la philosophie parle de sexualité…

Rédigé le 02/03/2015 / 0

Michaël Doukhan vient de sortir un ouvrage intitulé Cafés-philo, reprenant les thèmes abordés lors de séances philosophiques mais décontractées, dans des cafés de Manille… Il consacre un chapitre à la sexualité et a répondu à quelques questions.

Quelle sexualité avaient les philosophes ?

Kant fut tourné en dérision par Jean-Baptiste Botul  (le vrai-faux philosophe) dans La vie sexuelle d’Emmanuel Kant : si tout le monde avait suivi son « impératif catégorique » le plus connu, à savoir « agis uniquement d'après la maxime dont tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle », l’espèce humaine aurait disparu, car Kant n’a pas eu de vie sexuelle ! Il est donc en effet fort intéressant de se demander quelle fut la vie sexuelle des philosophes… Je ne connais pas d’« étude approfondie » sur la question, mais on sait qu’il y eut les abstinents (Plotin, Kant), les fornicateurs repentis (Augustin), les coureurs de jupons (Montaigne, Diderot), les passionnés (Kierkegaard, Nietzsche), etc.

Quelle est la place de la sexualité dans la philosophie ?

Le plaisir lié à l’activité sexuelle est généralement considéré dans la philosophie grecque classique comme inférieur, nous ramenant à notre condition animale. C’est surtout l’intensité inégalée de ce plaisir qui est décrite comme potentiellement dangereuse. Il faut donc maîtriser la sexualité. La « cure socratique » engrange l’idée de rejet du sexe au profit d’un amour intelligible. Puis, avec l’avènement du christianisme, particulièrement avec Saint Augustin, la morale (le bien/le mal) va pleinement s’emparer du sujet et marque au fer la philosophie occidentale du sexe : « ne pourvoyez pas à la concupiscence de la chair » (Les Confessions) ; dans La cité de Dieu, l’activité sexuelle n’est considérée comme légitime que dans le mariage où elle constitue un « péché permis » pour la procréation. On le voit, le christianisme a tenté de désexualiser le monde occidental… et a réussi en bonne partie.


On peut relever quelques exceptions notables à cette conception. D’abord chez les cyrénaïques, un bonheur n'étant qu'une somme de plaisirs particuliers, tenter de renoncer, voire de contrôler la sexualité, va à l’encontre de la recherche du bonheur. Ensuite, Lucrèce, inventeur du libertinage selon Michel Onfray, recommande de faire l’amour sans amour pour conserver sa tranquillité d’esprit. Enfin, pour Nietzsche, la sexualité est la manifestation la plus primitive, la plus forte de la vie. La vénération de l’instinct sexuel est signe de « Grande Santé ». Il opère une critique radicale du Christianisme : « La prédication de la chasteté est une incitation publique à la contre nature. Le mépris de la vie sexuelle, toute souillure de celle-ci par l’idée d’“impureté”, est un véritable crime contre la vie, – le vrai péché contre le Saint-Esprit de la vie. » (Ecce Homo).
Dans l’Extrême-Orient, le taoïsme chinois sacralise la sexualité, mais c’est surtout dans le tantrisme que l’orgasme est divinisé : dans une parfaite maîtrise des forces surhumaines du cosmos qui se manifestent à travers leur corps, les amants permettent l'union de l'âme individuelle (jîvâtman) avec l'Absolu suprême (Paramâtman). On est bien loin du rejet du corps occidental… 

La sexualité est-elle bonne pour le (la) moral(e) ?


On n’a pas trouvé mieux pour le moral que je sache ! A bien y regarder, la « raison » parvient toujours à clarifier telle ou telle position (si je puis dire) morale sur la sexualité, mais dès qu’on essaie de poser des questions sur la bestialité du rapport sexuel (cris, échanges de liquides, etc.), un silence gêné s’installe et chacun attend qu’on lui repose une question liée à… la morale. Ces moments de coït restent au plus profond de nous, comme s’ils étaient le reflet d’une ontologie indescriptible et irrationnelle derrière laquelle on se réfugie par l’expression « bon pour le moral ». Ce silence révélateur montre peut-être que l’essentiel n’est pas « au-dessus » de l’être humain, n’est en rien lié à un quelconque devoir commun (le Bien, le Mal), mais reste indépassable au corps individuel, comme une chasse (te ?) gardée, un jardin qu’on aime cultiver seul, même si l’on est  deux (généralement !) quand on le pratique. Il semble que ces moments de vie les plus intenses se prêtent peu au discours, qu’ils n’appartiennent qu’à chacun ; c’est sans doute très bien ainsi.

Cafés-philo, Michaël Doukhan, MD éditions, 16,90€