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Le blog de garde de Gérald Kierzek

Le blog de garde de Gérald Kierzek

"On va lui faire un lavage d'estomac ?"

Rédigé le 29/05/2012 / 0

Dernière garde aux urgences, 2 h du matin, une jeune femme vient d'être emmenée par les pompiers pour une TS médicamenteuse ("TS" pour tentative de suicide ou "IMV" Intoxication Médicamenteuse Volontaire). Elle a pris quelques heures auparavant une dose importante de benzodiazépines, des médicaments qui font dormir et risquent de la longer dans un coma profond avec un risque d'arrêt respiratoire.

J'explique la situation à la famille pendant que la patiente est en train d'être "techniquée" (pose d'une perfusion, électrocardiogramme, surveillance des paramètres vitaux,...) quand vient immédiatement la question:

"Est ce qu'on va lui faire un lavage d'estomac?"

"Non, on ne fait plus de lavage d'estomac, en tout cas très rarement maintenant".

Je perçois un soulagement dans le regard de la famille.

Il est toujours surprenant de voir combien le lavage gastrique a marqué plutôt négativement la prise en charge des TS. Il a longtemps été proposé dans le traitement précoce des intoxications jusqu’à ce qu’une conférence de consensus organisée en 1992 puis des prises de position communes à deux sociétés savantes -l’American Academy of Clinical Toxicology (AACT) et l’European Association of Poison Centres ans Clinical Toxicologists (EAPCCT)- ne remettent en cause ces pratiques.

Cela fait donc 20 ans qu'on ne le propose quasiment plus mais il est toujours aussi redouté. Il faut dire qu'introduire un tuyau dans l'estomac et y passer des quantités de liquide de lavage pour faire vomir et expulser les médicaments n'était pas une partie de plaisir. Certaines équipes ne ménageaient pas non plus leurs efforts pour que les patients en gardent un horrible souvenir, censé les dissuader de recommencer ! Autre époque, heureusement révolue.

Aujourd'hui, seules les ingestions aiguës récentes d’un toxique lésionnel (provoquant des lésions irréversibles) ou de toxiques fonctionnels à fort potentiel toxique (médicaments dangereux pour le coeur par exemple) peuvent justifier un lavage gastrique. Sinon, le traitement est symptomatique en fonction des médicaments absorbés (antidotes, coma artificiel,...); du charbon activé peut également être proposé sous la forme d'un liquide noir à avaler et destiné à neutraliser le passage des médicaments dans le sang.



Télescopage aux urgences

Rédigé le 17/05/2012 / 0

On peut réellement parler de télescopage au sens propre et figuré lors d'une dernière garde au SMUR.

AVP (Accident de la Voie Publique), Rue de Rivoli en pleine après midi bondée entre un taxi et un Vélib'. D'habitude, ce genre d'accident résulte plutôt d'une collision à un carrefour ou bien avec un cycliste percuté par un véhicule. Là, l'inverse s'est produit: le vélo a percuté le taxi par l'arrière et s'est retrouvé entre le coffre et le siège, passé par la lunette arrière du véhicule.

Photo impressionnante (mais sans commune mesure avec la réalité que j'épargne ici) d'une vitre de coffre anéantie et des stigmates du cuir chevelu pendouillant sur les débris...

Télescopage donc entre le taxi et le vélo mais télescopage de 2 imprudences surtout: l'absence de casque et le non-respect du feu rouge.

En effet, le cycliste n'était pas porteur d'un casque protecteur. Un casque vélo aurait évité un véritable scalp au passage de la vitre arrière.  Mais surtout, le cycliste était parti pour "griller" le feu rouge (pensant peut-être que la nouvelle mesure "tourne-à-droite" était déjà en application...); il n'a juste pas "percuté" que le chauffeur de taxi devant lui n'était pas parti pour faire de même et a donc foncé dans la vitre arrière.

Bilan lésionnel: traumatisme crânien grave avec fracture du crâne. 

Bilan prévention: port du casque obligatoire et respect des feux rouges impératif.

 

Des chevaux et des hommes...

Rédigé le 04/05/2012 / 1

Les urgentistes sont le plus souvent confrontés à des traumatismes liés à la pratique de l'équitation. Aujourd'hui pourtant, rien à voir avec une chute ou un coup de sabot mal placé mais une histoire infectieuse à la suite d'une morsure de cheval.

Le patient que nous avons pris en charge a en effet été mordu il y a un mois environ par un cheval. Il y a quelques jours, alors que la blessure était tout à fait cicatrisée, voire oubliée, le patient développe une fièvre et une sensation de malaises (frissons, maux de tête,...). Première consultation et mise sous antibiotiques; hospitalisation en clinique devant l'absence d'efficacité des antibiotiques puis à l'hôpital et finalement en réanimation.

Le tableau clinique est celui d'une détresse respiratoire et infectieuse avec atteinte cardiaque (myocardite) et évoque une maladie que je ne connaissais pas avant de connaître ce patient et les réanimateurs infectiologues: la morve.

Cette maladie porte bien son nom car elle se transmet par contact direct avec la surface des muqueuses orale ou nasale ou par voie respiratoire. Elle touche les chevaux mais aussi peut se transmettre à l'homme par contamination avec la bactérie en cause, Burkholderia mallei. Le traitement repose sur des combinaisons d'antibiotiques actifs sur l'agent en cause et la mortalité reste malheureusement importante. Espérons que notre patient réponde au traitement et sans séquelles.

Il faut savoir se rappeler de ces maladies dûes aux animaux. Elles ne sont pas si rares (comme la maladie de Lyme ou la maladie des griffes du chat) et leur diagnostic est très souvent difficile si les patients ne nous mettent pas sur la voie.

Conseil: si vous vous faites mordre, piquer, griffer par un animal, pensez bien-sûr aux mesures immédiates (désinfecter, consulter en cas de plaie importante ou profonde et vérifier la vaccination anti-tétanique) mais aussi aux symptômes qui peuvent apparaître dans un second temps. Si de la fièvre, des ganglions ou tout autre symptôme apparaîssent dans les semaines voire dans les mois qui suivent, pensez à signaler l'épisode de la griffure, de la morsure ou autre à votre médecin. Il pourra réaliser des prélèvements bactériologiques ou sérologiques (prises de sang) orientés et adaptés; cela gagnera du temps pour démarrer le traitement et réduira sûrement la propagation et la gravité de la maladie, quelle qu'elle soit.

Du vrai Dr House !

 

 

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