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Le blog de garde de Gérald Kierzek

Le blog de garde de Gérald Kierzek

Un serrurier ou le SAMU ?

Rédigé le 24/03/2012 / 0

Un accident est toujours bête mais celui de cette nuit l'est particulièrement, tant il aurait pu être prévenu. Voici le résultat d'une soirée arrosée et inconsciente.

5 heures du mat', rentrée de soirée un peu arrosée et... pas de clés pour rentrer dans l'appartement. Perdues ? volées? ou tout simplement oubliées à l'intérieur. Ni une ni deux, la fenêtre de l'appartement semblant accessible par la fenêtre des parties communes, notre individu décide de ne pas appeler de serrurier, de passer par la fenêtre dans les escaliers et de rejoindre son appartement par le balcon.

Malheureusement, il  ne l'atteindra jamais puisqu'il se défenestre de 3 étages et est retrouvé, vivant mais polytraumatisé, sur le sol au pied de l'immeuble.

La suite va très vite: alerté par le bruit, les voisins appellent les secours. Pompiers, SAMU-SMUR compte tenu de la hauteur de la chute et de l'état de la victime sont dépéchés sur les lieux. Le patient, gravement blessé, est conditionné sur place (intubation, voie veineuse, remplissage vasculaire, immobilisation de la colonne vertébrale,...) et amené en quelques dizaines de minutes en salle de réveil (ce que les américains appellent un trauma center). L'organisation des secours en France est telle que les patients les plus graves sont médicalisés en amont de l'hôpital -c'est l'intérêt du SAMU SMUR- et ne passent pas par les services d'urgence: ils sont directement orientés vers l'hôpital le plus adapté à leur état. 

Accueilli par une équipe pluridisciplinaire (anesthésiste-réanimateur, urgentistes, chirurgien, radiologue, infirmières, aide-soignants,...), un bilan complet des lésions est établi et les interventions médicales sont ainsi hiérarchisées par ordre de gravité (une hémorragie massive est par exemple la priorité absolue avant de "gérer"  les fractures ou même le traumatisme crânien).

Espérons que ce patient s'en sorte, sans trop de séquelles, après son séjour en réanimation...

Morale de l'histoire: mieux vaut dépenser un peu d'argent et appeler le serrurier (ou dormir chez ses amis ou voisins) plutôt que de tenter de rentrer par une autre issue. Le serrurier coutera toujours moins cher que de perdre la vie...

 

 

 

Fin de vie en fin de garde

Rédigé le 05/03/2012 / 0

Il est des fins de garde plus difficiles que d'autres ! La garde d'hier fut éprouvante ; il faut dire qu'elle avait commencé sur les chapeaux de roues avec une première intervention pour un noyé (deuxième du week-end). Les interventions se sont ensuite enchaînées, régulièrement, sans forcément de répit jusqu'à cet appel un peu particulier pour faire une "jonction" avec une ambulance transportant une jeune femme en fin de vie.

32 ans, 8 ans de lutte contre une "longue maladie", comme on dit, et une fin de vie prévue et accompagnée à la maison par une unité mobile de soins palliatifs. Mais ce dimanche, impossible pour la famille d'envisager qu'elle reste au domicile ; son état de conscience s'est fortement dégradé, de même que son état respiratoire.

Le recours au 15, notre modeste intervention (qui a essentiellement consisté à vérifier que la patiente ne souffrait pas et à diligenter son admission dans un endroit confortable pour elle et ses proches) et un accueil impeccable dans un établissement de cancérologie parisien ont permis d'accompagner la fin de sa vie.

La fin de vie… Un thème qui devient ces temps-ci un enjeu politique dans la campagne, après avoir fait l'actualité l'été dernier avec l'affaire Bonnemaison. Il y a le débat politique (policitien ?) et la réalité.

La réalité est celle des mots d'abord

L'euthanasie active est l'acte par lequel le médecin ou un proche du patient peuvent provoquer le décès du patient si la situation est justifiée (action de la part d'un tiers, l'injection d'une substance mortelle par exemple).

L'euthanasie passive concerne le patient qui refuse l'acharnement thérapeutique ; indirectement, le médecin administre des médicaments (sédatifs, anti-douleurs,…) dont la conséquence non recherchée est la mort.

Le "suicide assisté" (comme autorisé en Suisse) est la situation dans laquelle le médecin montre ou propose au patient conscient et en pleines capacités une méthode lui permettant de mettre fin à ses jours le plus sereinement possible.

La réalité de la pratique ensuite, ce sont des équipes formidables de soins palliatifs (qu'il faut renforcer et généraliser) et une loi qui donne déjà droit à ne pas souffrir et nous permet déjà d'aider à mourir.

La Loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 dite Leonetti indique en effet que les traitements ne doivent pas être poursuivis par une "obstination déraisonnable" et fait obligation de dispenser des soins palliatifs. Des traitements anti-douleurs efficaces peuvent être administrés en fin de vie, même s’il en résulte une mort plus rapide ("un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger sa vie").

La réalité législative et médicale permet donc d'accompagner les patients. Reste à faire connaître ce dispositif aux professionnels de santé et au public et développer les soins palliatifs. Les directives anticipées par exemple fêtaient leur dixième anniversaire hier (4 mars 2002-4 mars 2012). Elles indiquent les souhaits de la personne relatifs à sa fin de vie concernant les conditions de la limitation ou l'arrêt de traitement. Qui les connaît et qui les a rédigées 10 ans après leur naissance ?

L'urgence n'est pas aux évolutions législatives pour autoriser l'euthanasie active en France, mais bien de permettre à chacun de mourir dès aujourd'hui dans la dignité.

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