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Chroniques d'une jambe cassée

Chroniques d'une jambe cassée

Ma jambe cassée part à la rencontre des réfugiés syriens de Jordanie. In Vivo de la semaine du 02/01/2017

Rédigé le 02/01/2017 / 0

J'ai commencé ce blog, la jambe cassée, allongé sur mon lit, plusieurs mois séparent donc le récit publié et les faits. Mais aujourd'hui je vais mettre entre parenthèses ce récit et revenir au présent, car après un an d'arrêt, j'ai repris une activité presque normale même si je ne cours pas vraiment encore...

 

Il est vrai que quand j'étais alité, j'ai eu beaucoup de mal à écrire, j'avais peu de suite dans les idées à force de souffrir, de ne plus bouger et de vouloir m'enfuir. Difficile de me projeter et de raconter la vie des autres alors que la mienne était à l'arrêt. Néanmoins, ayant toujours été très touché par la condition de ces hommes, femmes et enfants qui fuient leur pays en guerre qu'on appelle réfugiés ou pire « migrants »... J'ai toujours voulu aller à leur rencontre pour mieux comprendre leur trajectoire de vie, découvrir leur culture, m'enrichir de leur témoignages et tenter de faire résonner le mot « Humanité » en racontant leur histoire. Tenter surtout de mettre des visages et des vies derrière ce triste mot réducteur qui les qualifie aujourd'hui : « migrants ».

 

Lors de ma convalescence, j'ai eu beaucoup de temps pour revisiter ou plutôt repenser le monde dans lequel nous vivons, j'ai pu voir s 'écrouler celui dans lequel j'ai grandi et y voir se dessiner les bases d'un nouvel ordre mondial. Jamais je n'aurai pensé que les choses auraient pu changer aussi vite. Cela m'a rappelé mes années universitaires et l'éclatement de la Yougoslavie, j'avais alors eu du mal à comprendre comment l'Europe avait pu laisser perpétrer tant de massacres en son coeur, à seulement quelques centaines de kilomètres de Paris... De nos jours il y a toujours autant de vies brisées, d'histoires à écouter, d'âmes en peine à aider...

 

Avec ma broche, mon clou tibial et mes vis, je suis donc parti à la rencontre des réfugiés syriens en Jordanie, dans les camps d'Azraq, de Zaatari ou dans des appartements au nord du pays, près de la frontière syrienne. J'ai suivi le formidable travail des équipes de Handicap International qui leur amènent chaque jour un soutien important et les aide à gagner en autonomie car beaucoup d'entre eux ont été blessés.

 

Certains ont eu comme moi la jambe cassée... Mais si j'ai été victime d'un accident de la route, eux ont été victimes de bombardements alors qu'ils étaient juste chez eux. Ils ont eu la chance de n'être que blessés et d'échapper à la mort quand j'ai eu la chance d'être opéré et rééduqué dans de bonnes conditions. Mais pour eux, l'exil a souvent commencé après leur blessure, et beaucoup ont dû être amputés suite à des blessures mal soignées. Ils m'ont raconté leur fuite, leurs blessures et m'ont livré leurs témoignages le temps d'un tournage. Je vous invite à regarder leur histoire dans une série In Vivo de cinq épisodes durant la semaine du 2 janvier 2017 dans le Magazine de la Santé, toute la semaine du lundi 2 au vendredi 5 janvier.

 

Il ne faut jamais oublier que personne n'est à l'abri d'un bouleversement majeur dans sa vie, d'une jambe cassée ou pire, d'une amputation... Etre victime d'une guerre qui éclate et devoir fuir inexorablement son pays jusqu'à trouver la paix quelque part, chez des gens qui vous accueillent... Après ma grave blessure de la jambe dont je porte encore les séquelles, je relativise beaucoup de choses, j'ai vu beaucoup de femmes et d'enfants amputés avec des histoires vraiment terribles, je vous invite à vous ouvrir sur le monde, sur les autres, à être à l'écoute et à tendre la main, à rester positif et à commencer l'année en regardant leur histoire et en faisant résonner le mot « Humanité ».

 

Pour la petite histoire, après mon dernier jour de montage sur cette série In Vivo, il était environ 22 heures alors que je rentrais chez moi, je me suis arrêté au feu sur mon scooter après avoir dépassé de quelques centaines de mètres le lieu de mon accident. Je repensais alors à tous ces mutilés que j'avais croisés et à la chance que j'avais d'avoir récupéré ma jambe... Quand un homme en scooter blanc s'arrête à côté de moi. Il a commencé à me parler puis m'a lancé « On est bien en deux-roue, hein !! » J'ai acquiescé... Il a ensuite accéléré lorsque le feu est passé au vert, son scooter semblait sorti d'une chimère et notre discussion a continué au feu suivant, c'est alors qu'il m'a montré sa jambe, il avait une prothèse dans sa basket montante, c'était un amputé, au feu vert, il s'en est allé dans la nuit étoilée...

 

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