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Peur de l'avion : l'apport de la réalité virtuelle

Les mains crispées sur les accoudoirs du siège, le cœur qui palpite et l'estomac qui se noue,… Pour certains, un vol est un voyage au pays de l'angoisse. Le stage destiné à apprivoiser la phobie de l'avion s'enrichit désormais d'un outil novateur : la réalité virtuelle. 

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Peur de l'avion : l'apport de la réalité virtuelle
Peur de l'avion : l'apport de la réalité virtuelle
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La réalité virtuelle pour mettre en pratique le stage

Les phobies touchent 15% de la population[1]. Elles correspondent à une crainte angoissante et injustifiée d'une situation, d'un objet ou d'un animal,… Parmi elles, la peur de l'avion peut se transformer en véritable phobie et paralyser certaines personnes au point de les empêcher d'utiliser ce moyen de transport. Portant le nom d'aérodromophobie, elle peut être améliorée grâce à des stages, qui comportent habituellement trois temps.

Qu'est-ce que la réalité virtuelle ?

La réalité virtuelle recrée le réel : l'utilisateur, muni d'un masque, se trouve plongé dans un environnement plus vrai que nature. Initialement développée pour les jeux vidéo, elle est beaucoup plus réaliste que la 3D. Ses applications en médecine se développent : au bloc opératoire pour mieux former les chirurgiens ou pratiquer certaines chirurgies, dans la prise en charge des phobies, dans le cadre de l'éducation thérapeutique du patient.

Tout d'abord un pilote de ligne dispense des informations techniques, pour expliquer le déroulement d'un vol et à quoi correspondent les différents bruits. Puis un psychologue explique les mécanismes psychologiques de la phobie et il développe les techniques de relaxation à mettre en place pour contrôler les manifestations de l'angoisse. La troisième partie du stage utilisait jusqu'à présent un simulateur du vol, qui présentait plusieurs faiblesses : il ne reflète pas la réalité d'un vol puisque le passager regarde de côté par le hublot et non devant, la piste d'atterrissage ; et avant tout, il ne se retrouvera jamais aux commandes d'un Boeing 747 !

La réalité virtuelle pallie ces failles et une société française l'utilise désormais pour clôturer son stage. Muni d'un masque adapté, le stagiaire vit au plus près de la réalité le déroulement d'un voyage en avion, de l'aéroport à l'atterrissage, en passant par l'embarquement, le décollage et le vol.

"Après 5 heures de formation avec un pilote et 2h30 avec un psychologue, nous proposons une séance de réalité virtuelle de 10 à 15 minutes, détaille le pilote de ligne Nicolas Coccolo et fondateur des stages "Peur de l'avion". Elle sert à mettre en application ce qu'ils ont appris dans la journée sur les  trois phases du vol (décollage, croisière, atterrissage) puisque l'on a recréé un vol avec tous les bruits de l'avion et les messages donnés par le personnel naviguant, que j'ai expliqués auparavant."

Aujourd'hui, les différents paramètres sont figés, mais à terme, les stagiaires pourront régler le temps de vol, les conditions météorologiques, leur place dans l'avion (côté hublot ou couloir), le nombre de personnes dans la cabine ou encore la taille de l'avion, en fonction de ce qu'ils craignent le plus. "Chaque stagiaire est différent, certains ont peur du hublot, d'autres d'un grand nombre de personnes dans l'avion, explique le pilote. La réalité virtuelle a l'avantage de pouvoir jouer sur les différents facteurs et de s'exposer au plus près de ses peurs. A terme, les stagiaires pourront s'entraîner chez eux pour compléter le stage."


[1] Source : Les Phobies, faut-il en avoir peur ? Idées reçues sur les phobies. Antoine Pelissolo

Une exposition progressive à sa peur

La phobie de l'avion se traite actuellement par thérapie comportementale et cognitive : "Son traitement passe par l'exposition graduelle : si la phobie est une agoraphobie, on peut les accompagner à l'extérieur mais dans le cas de l'avion, c'est beaucoup plus compliqué de les exposer, explique Thierry Merle, psychologue. La réalité virtuelle permet donc de les placer dans un environnement virtuel, qui est celui de l'avion et dans lequel ils peuvent s'exposer progressivement."

Limites et contre-indications...

Le mal des transports peut limiter l'utilisation de la réalité virtuelle. Si elle est bien supportée physiquement par la majorité des personnes, notamment les plus jeunes habitués aux jeux vidéos, certaines souffrent parfois de nausées : le cerveau a l'impression de bouger, mais l'oreille interne envoie l'information différente d'absence de mouvement. Le corps ne comprend pas bien ces messages différents, ce qui se traduit par des nausées. De plus, l'épilepsie est une contre-indication ; le stage finira par des techniques plus classiques que la réalité virtuelle.

Elle a aussi un coût qui limite son utilisation dans la pratique clinique des psychologues libéraux. Mais ses avantages (l'exposition progressive mais en toute sécurité à l'objet de la phobie, à répéter autant de fois que nécessaire dans l'intimité d'un cabinet de psychologue), laissent présager d'un avenir prometteur dans la prise en charge des phobies…

(source : Virtual reality as a mechanism for exposure therapy)

Une revue scientifique[1] datant de 2010 avait estimé qu'elle était aussi efficace que la réalité pour induire des réponses émotionnelles. Le patient présentait les mêmes symptômes physiques que s'il était confronté à la situation réelle. Les auteurs regrettaient toutefois l'absence de traitement standardisé et d'études contrôlées, ce qui manque encore maintenant.

Repérer les pensées dysfonctionelles, lutter contre l'angoisse 

Le psychologue a expliqué lors du stage les mécanismes de la phobie et la survenue des pensées dysfonctionnelles (comme "l'avion va s'écraser" ou "je vais mourir"). Il a donné aux stagiaires des clés pour mieux les gérer : "La réalité virtuelle permet de les mettre en application tout de suite. Comme ils se seront entraînés avec cet outil, ils retrouveront plus facilement ces clés dans la réalité."

La réalité virtuelle est donc idéale, pour s'exposer en douceur à la situation, la personne n'a pas trop peur puisque la situation n'est pas réelle. Le niveau d'angoisse générée est plus faible, et donc plus facile à maîtriser grâce à la relaxation. Après avoir repéré et modifié les pensées dysfonctionnelles, le stagiaire pratique la cohérence cardiaque.

"Cette technique apaise les réactions d'angoisse, telles que l'augmentation de la fréquence cardiaque et du rythme respiratoire, les mains moites,... grâce à son effet sur le système nerveux, estime Thierry Merle. Elle limite les réactions d'anxiété violentes."

L'utilisation de la réalité virtuelle dans un stage contre la phobie de l'avion est une première en France, mais dans le monde, des chercheurs commencent à publier des études, comme cette publication[2] de 3 cas en 2016.

La réalité virtuelle avait diminué leurs scores d'anxiété. En 2013, une équipe[3] compara la réalité virtuelle à l'exposition imaginaire ; s'il n'y avait pas de différence entre les deux techniques dans la réduction des symptômes associés à la peur de voler,  les patients soumis à la réalité virtuelle furent moins angoissés dans le vol réel qui suivit la thérapie. Et six mois après, l'angoisse de voler continuait à diminuer… Comme souvent, d'autres études plus rigoureuses doivent conforter ces résultats prometteurs. En attendant, une appli gratuite pour lutter contre la peur de l'avion est disponible sur Android et Iphone

 

[1] Virtual reality as a mechanism for exposure therapy. De Carvalho. World J Biol Psychiatry. 2010 Mar;11(2 Pt 2):220-30. doi: 10.3109/15622970802575985.

[2] A Novel Treatment of Fear of Flying Using a Large Virtual Reality System. Czemiak. Aerosp Med Hum Perform. 2016 Apr;87(4):411-6. doi: 10.3357/AMHP.4485.2016.

[3] Virtual reality exposure and imaginal exposure in the treatment of fear of flying: a pilot study. Rus-Calafell. Behav Modif. 2013 Jul;37(4):568-90. doi:10.1177/0145445513482969.

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