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Nutri-score : le nouvel étiquetage nutritionnel en cinq questions

Le gouvernement a signé mardi 31 octobre l’arrêté d’application de ce système d’étiquetage des aliments. Seul problème : cette information simplifiée à destination des consommateurs demeure facultative pour les fabricants et les distributeurs.

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Nutri-score : le nouvel étiquetage nutritionnel en cinq questions
Nutri-score : le nouvel étiquetage nutritionnel en cinq questions

Initiée en 2014, la réflexion autour d’un système d’information nutritionnel a mis du temps à accoucher. Ce mardi 31 octobre 2017, l’arrêté ministériel mettant en vigueur le Nutri-score a été signé. Ce code couleur classe de A, pour "bon", à E, pour "à limiter", la nourriture distribuée en supermarché. Facultatif, pas forcément efficace selon les différentes études et retardé par le lobbying de l’industrie agro-alimentaire, le Nutri-score possède une histoire bien plus complexe que la sobriété de son logo ne le laisse paraître.

  • Qu’est-ce que Nutri-score ?

L’idée est simple : un aliment trop gras, trop salé ou trop sucré obtient une mauvaise note, soit un E. Un produit riche en nutriments "sains" (fibres, vitamines) aura un A. Les cinq lettres du classement sont accompagnées d’un code couleur : du vert foncé au rouge. L’affichage doit permettre au consommateur de s’y retrouver, alors que le système actuel, donnant les teneurs pour 100 grammes en lipides, protéines ou glucides tend à provoquer des maux de tête.


Image du logo Nutri-score

Le Nutri-score s’inspire notamment du classement adopté au Royaume-Uni. Outre-Manche, l’autorité de régulation alimentaire a en effet mis en place depuis 2013 une méthode de distinction à base de "feux de circulation". Vert pour les "bons produits", rouge pour ceux qu’il faut consommer avec modération. D’autres pays, en Europe ou ailleurs (Australie), ont également instauré leurs propres systèmes.

  • Qu’est-ce qui va changer dans les supermarchés ?

Avec la signature de l’arrêté ministériel, le Nutri-score doit normalement s’installer dans nos rayons, quand ce n’est pas déjà fait. Mais attention, il ne concerne ni la totalité des enseignes, ni l’ensemble des produits vendus dans les supermarchés. Fin avril 2017, les groupes Intermarché, Leclerc et Auchan ainsi que les industriels Fleury-Michon, Mc Cain et Danone ont signé, en présence de la ministre de la Santé de l’époque, Marisol Touraine, une "charte d'engagement" pour l’affichage, sans délai, du logo nutritionnel Nutri-score sur "sur l'ensemble des produits de leurs marques". Soit les produits "Marque Repère" chez Leclerc par exemple. Il faut maintenant que le gouvernement convainque d'autres groupes d'en faire de même. "L'émulation naturelle entre les marques aboutira à ce que ce logo soit promu et choisi par les industriels", assure Agnès Buzyn estimant qu'il existe également un "vecteur de pression par le consommateur". 

D’autres marques, comme Coca-cola, Nestlé, Mars, Mondelez, Pepsico ou Unilever ont elles annoncé leur intention d'utiliser leur propre système d'étiquetage. Pour la simplification et la transparence, on attendra.

  • De quand date cette idée ?

"Le logo Nutri-score a été conçu (…) en s’appuyant sur les travaux des équipes de Serge Hercberg", écrit l’agence Santé-Publique-France sur son site. En novembre 2013, le Pr Hercberg rendait le rapport qui a lancé la réflexion en France. L’une des « mesures structurelles » proposées était l’instauration d’un "système d’information nutritionnelle unique sur la face avant des emballages des aliments".

Le rapport est alors remis à la ministre de la Santé et "largement soutenu par la communauté scientifique et les associations de consommateurs", rappelle le Pr Hercberg dans une tribune publiée sur le Huffington Post. Une pétition rassemblant 250.000 demandait également à Marisol Touraine la mise en place du Nutri-score, son code couleurs étant préféré aux autres systèmes envisagés.

  • Pourquoi la mise en place du Nutri-score a mis autant de temps ?

La réponse est, là encore, assez simple : les fabricants et distributeurs n’ont aucun intérêt à voir certains de leurs produits stigmatisés par cet étiquetage. Ces dernières années, ils ont donc effectué un intense travail de lobbying pour retarder l’adoption de cette réglementation et pour la vider de son sens. Au niveau européen, l'industrie agroalimentaire aurait dépensé un milliard d'euros en lobbying pour qu’un projet de feux tricolores sur les produits agroalimentaires, portés par certaines eurodéputés, ne passe pas. Le chiffre est tiré d’un rapport de l’ONG Corporate Europe Observatory, qui révèle également que Coca-Cola, McDonald’s, Nestlé ou encore Danone ont commandé deux études visant notamment à démontrer que les consommateurs perçoivent correctement les étiquettes disponibles en magasin à l’époque. Le projet de réglementation européenne n’a, évidemment, pas été voté.

En France, l’étude diligentée par le gouvernement pour mieux informer le consommateur a également fait parler d’elle. Et pas toujours en bien, puisque le PDG de l’Inserm, Yves Lévy, alors que l’étude était en cours, a démissionné de son comité de pilotage. Trois autres chercheurs l’ont imité, dénonçant la présence de membres ayant des liens avec l'industrie agro-alimentaire ou la grande distribution. Un test comparatif mené dans 60 supermarchés devait en effet mettre en perspective les effets du Nutri-score par rapport à ceux de trois autres systèmes, dont un conçu par l’industrie agro-alimentaire et l’autre par la grande distribution.

Plus d’un mois après ces démissions, l’étude en question était à nouveau sous le feu des projecteurs. Une équipe de recherche de l’Inserm ayant visité plusieurs magasins participants publiait un rapport faisant état "d'anomalies" dans la conduite du test. La proportion des produits étiquetés était selon eux très inférieure aux chiffres annoncés, limitant fortement la perspective d’obtention de résultats significatifs. Une façon de tronquer les résultats, en faveur des systèmes conçus par les distributeurs et industriels.

  • Finalement, est-ce efficace ?

L’étude comparative conduite dans 60 supermarchés, maintes fois critiquée, a finalement conclu à "une supériorité d’ensemble assez nette pour Nutri-score" écrit Santé-Publique-France. Un avantage "plus marqué encore lorsqu’on observe spécifiquement le comportement des consommateurs qui achètent les produits les moins chers". Agnès Buzyn s’est en ce sens félicitée ce 31 octobre de la contribution du Nutri-score à la "lutte contre les inégalités sociales face à l’alimentation", puisqu’il "n’augmente pas les prix des produits" mais permet une meilleure information.

Une seconde étude, en laboratoire cette fois, justifiait la mise en place de ce système pour le gouvernement. Des universitaires de Grenoble ont testé cinq logos auprès de 809 sujets. Les résultats ont confirmé "l’efficacité du système Nutri-score, tout particulièrement sur le tiers des consommateurs ayant les revenus les plus faibles", assure Santé-Publique-France.

Cependant, un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), rendu public en janvier 2017 remet en cause l’utilité du Nutri-score et des méthodes apparentées. "L’analyse montre qu’aucun des cinq systèmes d’information nutritionnelle examinés ne peut être qualifié de pertinent au regard des enjeux actuels de santé publique", écrivait l’agence. Ces systèmes ne sont, selon elle, "pas adaptés aux enjeux de santé publique", comme l’obésité, les maladies cardio-vasculaires ou certains cancers. Apposer des logos, même sur tout l’ensemble des produits et dans toutes les enseignes, ne serait donc qu’une "mesure d’accompagnement" de politiques publiques plus larges d’information et d’éducation destinées notamment aux enfants.

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