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Cinq fruits et légumes par jour : derrière le slogan, des bénéfices prouvés ?

Rabâché, le slogan des "cinq fruits et légumes par jour" s’appuie-t-il sur des études scientifiques sérieuses ? Ce régime a-t-il un bénéfice démontré, ou bien s’agit-il d’une simple exhortation à diversifier son alimentation ? Pourquoi ce chiffre de cinq ? L’intérêt s’estompe-t-il au-delà ? La réponse à ces questions pourrait tenir en quelques mots : pour une fois, on ne vous raconte pas de salades, et on ne se paye pas votre poire !

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Cinq fruits et légumes par jour : derrière le slogan, des bénéfices prouvés ?
Cinq fruits et légumes par jour : derrière le slogan, des bénéfices prouvés ? (crédits illustrations : Aloksa/Fotolai)

À l’origine : un coup de pifomètre ?

Précisons-le d’emblée, le célèbre slogan "mangez cinq fruits et légumes par jour" ne doit pas être pris au pied de la lettre, sinon quoi certains pourraient se contenter de cinq raisins secs… ou se sentir obligés d’engloutir cinq pastèques ! La recommandation officielle porte sur la prise quotidienne de cinq portions de fruits et légumes [1] – une portion étant par convention fixée, peu ou prou, à 80 grammes [2].

Extrait du rapport de l'OMS de 1990 établissement l'objectif de 400 grammes (5x80) de fruits et légumes quotidiens.

Ceci étant dit, la question de la pertinence et de l’étrange précision du slogan reste posée. La valeur cible de 400 grammes/jour apparaît avoir été présentée en 1990 par un groupe d’expert de l’OMS sur la base d’estimations assez générales en terme d’apports nutritionnels permettant d’écarter le risque de carences – et d’un objectif "récemment fixé par le gouvernement chinois" – sans plus de précisions quant aux calculs aboutissant à ce chiffre (voir illustration). Par suite, la valeur a été régulièrement présentée par l'OMS et divers gouvernements comme "fixée par les experts", sans revenir sur sa pertinence.

Une première synthèse d’études qui valide la pertinence de l’estimation

A priori arbitraire, l’estimation s’est pourtant révélée étonnamment pertinente. Ainsi, en juillet 2014, une synthèse d’études publiée dans le British Medical Journal [3] a confirmé l’indéniable bénéfice, en terme de diminution de la mortalité, des cinq portions quotidiennes.

Cette analyse concernait seize études prospectives [4], portant au total sur plus d’un demi-million de personnes, et prenant en compte les autres facteurs susceptibles d’influencer sur la mortalité [5]. Au terme de ce travail, les chercheurs estimaient que chaque portion quotidienne supplémentaire de fruits et de légumes réduirait "d’au moins 2%, et au plus de 8%" [6] le risque de décéder durant une période de temps donnée (toutes causes confondues) [7].

Or, les auteurs observaient que les données analysées rendaient compte d’un "seuil de cinq portions de fruits et légumes par jour, au-delà duquel le risque de mortalité toutes causes confondues n'était pas diminué davantage". Plus précisément : les données permettaient clairement d’établir un bénéfice continu pour chaque portion supplémentaire jusqu’à ce seuil ; en revanche, l’importance des marges d’erreur ne permettait d’identifier aucun bénéfice au-delà [8].

L’analyse leur a par ailleurs permis d’estimer que le risque de mortalité cardiovasculaire diminuait, pour chaque portion supplémentaire de fruits et de légumes, "d’au moins 2% et d’au plus 9%". Ils soulignaient en revanche que les données analysées ne permettaient pas de conclure à l’influence de la consommation de fruits et de légumes sur le risque de mortalité par cancer [9].

2017 : objectif "10 fruits et légumes par jour" ?

Mi-février 2017, une nouvelle méta-analyse d’une centaine d’études relatives aux bénéfices des fruits et légumes a été publiée dans l’International Journal of Epidemiology. Portant sur plusieurs millions d’individus, les données analysées valident les corrélations précédemment établies [10], et viennent dissiper quelques incertitudes.

Au terme de leur travail, les chercheurs estiment que, tous les 200 grammes de fruits et de légumes ingérés quotidiennement (soit deux portions et demi), le risque de décéder durant une période de temps donnée (toutes causes confondues) diminue d’au moins 7%, et d’au plus 13%. La réduction du risque de survenue de maladies cardiovasculaires est confirmée, estimée – toujours par palier de 2,5 portions – entre 5% et 10%. Le volume de données analysées établit pour la première fois une diminution du risque de cancer, d’au moins 1% et d’au plus 5%, là encore par palier de 200 grammes [11].  

Cette synthèse a en outre révélé que, selon toute vraisemblance, les bénéfices de l’apport quotidien fruits et légumes par jour ne stagnent pas réellement au-delà de 400 grammes. "La réduction des risques a été observée jusqu’à 800 grammes (10 portions) par jour [pour la mortalité tout risque confondue comme pour les maladies cardiovasculaires], et à 600 grammes (7,5 portions) pour les cancers", écrivent les chercheurs. Une lecture détaillée de l’étude confirme toutefois l’observation des travaux de 2014, à savoir une inflexion de la diminution du risque après 400 grammes – autrement dit, les bénéfices semblent réels, mais moindres au-delà de ce seuil [12].

Ces observations doivent-elles inciter à réviser sans délai les messages nutritionnels qui accompagnent les publicités pour les aliments et les boissons ? En fixant un objectif trop élevé, le risque serait de décourager ceux qui peinent déjà à atteindre l’objectif des 400 grammes quotidiens, et pourrait suggérer – à tort – qu’aucun bénéfice n’est atteint avant ce seuil. Indéniablement, cinq fruits et légumes par jour sont déjà excellents pour notre santé ! Aussi, n’hésitons pas trop à nous resservir de la salade, ou même de la rhubarbe !

Le conseil est à suivre, mais le suivons-nous ?

En octobre 2007, un peu plus de sept mois après la systématisation des messages d’information nutritionnels du type "pour votre santé, mangez cinq fruits et légumes par jour" pour accompagner les publicités d’aliments et de boissons, l’Inpes avait cherché à évaluer le dispositif. L’enquête avait révélé qu’une majorité de sondés (56%) estimait que ces messages ne les avaient pas incités à réfléchir sur leur alimentation. Près de huit sondés sur dix précisaient même "pas changé" leurs habitudes alimentaires [13].

En 2012, une petite étude menée au Royaume-Uni sur une centaine de participants a même suggéré un "effet boomerang" des messages nutritionnels : exposés à des publicités présentant ou non ces informations, deux groupes se voyaient ultérieurement proposer de choisir deux collations, l’une à base d’aliments de bonne qualité nutritionnelle, l’autre à base de sucreries. La seconde option a été "deux fois plus choisie" dans le groupe qui avait visionné les avertissements, ses membres expliquant qu’ils pourraient toujours manger des fruits et des légumes plus tard pour compenser cet écart… Si ces résultats n’ont, à notre connaissance, pas été confirmés par des reproductions ultérieures, l’énoncé de l’expérience doit nous faire garder à l’esprit que recevoir un conseil ne suffit pas : encore faut-il le mettre en pratique…

Notes et références

[1] Nous n’entrerons pas ici dans le débat sémantique sur la définition et la distinction entre "fruits" et "légumes", au sens culinaire, biologique, etc. La désignation générique "fruits et légumes" nous permet de nous affranchir, ici, de ce passionnant débat ! Établir une différence dans le cadre d’études scientifiques n’est toutefois pas absurde a priori, dans la mesure où la teneur en sucre des fruits pourrait, éventuellement, pondérer leurs éventuels bénéfices. Les données détaillées des études ne permettent cependant pas de conclure à une différence significative entre les deux (nous mentionnerons en note quelques-uns de ces résultats différenciés, à titre d’illustration).

[2] Une telle portion aura couramment pour équivalent un fruit de la taille d'un poing (une tomate, une poignée de tomates cerises, deux abricots), à un petit bol de légumes verts crus, ou à un demi bol de légumes cuits.

[3] Source : Fruit and vegetable consumption and mortality from all causes, cardiovascular disease, and cancer: systematic review and dose-response meta-analysis of prospective cohort studies. Xia Wang et al. BMJ, juil. 2014. doi:10.1136/bmj.g4490 Les résultats cités dans notre article renvoient aux données réajustées, après prise en compte d’une erreur dans l’article original.

[4] Cela signifie que le groupe sujet de l’analyse (la cohorte) est suivi une fois celui-ci constitué – par opposition à une étude rétrospective.

[5] En dépit de cette précaution, les auteurs de la méta-analyse jugent que la corrélation entre consommation de fruits et de légumes et diminution du risque de mortalité peut, en partie, refléter un "mode de vie généralement plus sain" de personnes suivant (et pouvant suivre), de façon régulière, un régime riche en fruits et légumes. Le bénéfice observé pourrait être, en partie, celui d’une plus faible consommation de produits gras, salés ou trop sucrés. Néanmoins, les apports en nutriments et vitamines des fruits et légumes, en limitant les carences, appuient très fortement l’hypothèse d’un important bénéfice propre d’un régime qui les met en valeur.

[6] Ces valeurs sont celles entre lesquelles la vraie valeur de diminution du risque se trouve, avec une probabilité de 95% (voir la chronique sciences diffusée dans le Magazine de la santé du 23 février 2017).

[7] Cette méta-analyse détaillait en outre le bénéfice attendu pour un ensemble d’aliments qualifiés de "fruits" (chaque portion supplémentaire de fruits réduirait ce même risque "d’au moins 2%, et au plus de 11%") et de légumes (chaque portion supplémentaire de légumes réduirait ce même risque "d’au moins 2%, et au plus de 9%").

[8] Voir illustration ci-dessous : l’incertitude attachée aux données est représentée par les lignes pointillées ; la vraie valeur du facteur de diminution de risque a 95% de chances de se trouver dans cet intervalle.

[9] En dépit du grand nombre de personnes impliquées dans cette étude, la marge d’erreur associée aux données ne permettait pas d’établir un effet sur le risque de décéder durant une période de temps donnée (toutes causes confondues). Chaque portion supplémentaire de fruits et de légumes pouvait, au mieux, diminuer ce risque de 10%... mais au pire l’augmenter de 3%. Concernant l’effet des seuls fruits, la diminution du risque pouvait être au mieux de 3%, au pire nulle. Concernant celui des seuls légumes l’effet potentiel était, au mieux, une diminution de 3%, au pire une augmentation de 1%. Bref : il était impossible de conclure à la réalité d’un effet.

[10] Il s’agit, encore et toujours, de corrélations. Les auteurs soulignent ici encore que les personnes qui suivent un régime riche en fruits et légumes tendent à avoir une très bonne hygiène de vie globale. Même en prenant en compte divers facteurs de diminution du risque, des effets de synergie entre ces facteurs peuvent exister, qui pourraient entraîner une surestimation des bénéfices des seuls fruits et légumes.

[11] Une valeur relativement faible, qui pourrait expliquer le fait qu’elle n’ait pas pu être établie par la méta-analyse de 2014, qui s’intéressait en outre à des paliers plus étroits.

[12] Notons que, considérés isolément, les bénéfices des aliments catégorisés comme "fruits" et comme "légumes" ne sont plus patents au-delà de 400 grammes quotidiens pour la mortalité totale.

[13] Une version plus détaillée de ces résultats a longtemps été disponible sur le site mangerbouger.fr à l’adresse http://www.mangerbouger.fr/IMG/pdf/EtudeMessagesSanitaires-2.pdf, mais semble aujourd’hui inaccessible.

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