Vaccins anti-VIH : les effets secondaires de l'effet d'annonce

L'annonce d'essais "prometteurs" succède aux révélations "d'avancées significatives"... Chaque semaine, une nouvelle percée, une nouvelle découverte, une nouvelle déclaration d'un laboratoire, qui annonce que l'on n'a jamais été aussi proche de la découverte d'un vaccin contre le sida. Aux derniers jours de 2013, nous rapprochons-nous réellement de cet horizon... ou celui-ci recule-t-il à chacune de ces "avancées" ?

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Vaccins anti-VIH : les effets secondaires de l'effet d'annonce
De très nombreux traitements destinés à stimuler le système immunaire et à endiguer la propagation du VIH sont actuellement à l'étude.

Un hôpital de Barcelone a annoncé le 9 décembre 2013 qu’il allait "bientôt" tester "sur des humains" un vaccin thérapeutique contre le virus du sida. Le vaccin en question (voir encadré) est une reformulation d’un premier vaccin qui avait déjà permis, selon des données présentées en janvier 2013, "de réduire de 90% la charge virale détectée" chez les patients ayant participé aux essais.

Le vaccin barcelonais porte le nom de VIH-TriMix-ARNm. Il incorpore des antigènes du VIH et le TriMix, composé capable de stimuler les principales cellules ciblées par le virus, et les aide à alerter le système immunitaire en cas d'infection. Ce vaccin intègre enfin des ARN-messagers, molécules portant des informations génétiques capables d’être directement "lues" par les cellules pour produire certaines protéines, en l’occurrence utiles à la lutte contre l’infection.

Un vaccin thérapeutique contre le virus du sida ?

Les résultats des tests relatifs à ce vaccin thérapeutique contre le virus du sida, effectués in vitro et sur des animaux, ne seront connus qu'en 2014. Si ceux-ci sont concluants, des premiers tests de toxicité sur l’humain seront effectivement réalisés. En 2015, des premiers essais sur quelques patients seront réalisés, dont le succès conditionnera le lancement d’une expérimentation sur 40 patients entre 2016 et 2017.

"Pour une grande partie du public, un "vaccin" est plus quelque chose destiné à la prévention qu’au traitement", observe le professeur Odile Launay, coordinatrice du Centre d’Investigation Clinique en Vaccinologie Cochin-Pasteur (CICVCP). "Les "vaccins" dont on parle sont des thérapies spécifiques destinées à stimuler le système immunitaire de patients porteurs du virus."

"Mais il faut être très clair", insiste le chercheur. "Il n'y a pas de résultats qui permettent aujourd'hui d'annoncer qu'un vaccin thérapeutique [permettant de contrôler le VIH] est efficace sur l'homme."

"Les thérapies qui font l’objet de ces annonces font l’objet de beaucoup de demandes de la part des patients lors de nos consultations", observe le professeur Launay. "Nous leur expliquons que, même si ces recherches aboutissaient, nous n’envisagerions pas une guérison. Nous en sommes à stimuler une réaction du système immunitaire, pour qu’ils puissent eux-mêmes contrôler le virus. Il ne faut pas que les gens soient trompés sur ce qu’ils peuvent attendre."

"C'est parfois difficile pour les patients d'entendre cela", regrette la scientifique. "Ces vaccins thérapeutiques leur permettraient toutefois d'interrompre [ou d'alléger] leur traitement antirétroviral. Nous leur expliquons qu'il existe beaucoup de virus que l'on n'a pas la possibilité de supprimer de l'organisme (varicelle/zona, par exemple) et avec lesquels on peut vivre [sans prendre de médicaments]."

Vaccin contre le sida : des annonces tout au long de l’année

Selon Odile Launay, plusieurs éléments expliquent que les annonces relatives à des essais de "vaccins thérapeutiques" semblent plus nombreuses que jamais : "plusieurs travaux récents ont relancé l'intérêt pour [ces stratégies de stimulation de l'immunité pour aider au contrôle du VIH] : tout d'abord, l'étude Visconti, qui a consisté en un traitement très, très précoce des patients - peu de temps après l'infection - de façon intensive, et qui a empêché un rebond de la charge virale. Il y a également le cas de ce bébé américain, traité de façon très précoce, [pour lequel le virus apparaît inactivé]…"

De nombreuses voies de traitement sont activement explorées par des équipes de recherches réparties sur tout le globe. "En conséquence, il y a aujourd’hui de très nombreux candidats-vaccins (2), ciblant différents antigènes du VIH. Au CICVCP, nous avons deux essais thérapeutiques en cours, et un troisième va bientôt commencer."

"[Ces nombreuses] annonces témoignent du fait que la recherche continue, et cela est perçu de façon positive par beaucoup de patients", note le professeur Launay. Si certains espoirs sont parfois déçus, l’une ou l’autre des nombreuses pistes actuellement explorées pourrait confirmer son potentiel. "Par ailleurs, bon nombre d'entre eux savent qu’il est très important, pour les petits laboratoires et les start-ups, de jouer de ces effets d’annonces, dans la mesure où cela leur permet de lever des fonds et s’assurer qu’ils pourront continuer leurs recherches innovantes".

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(1) C'est-à-dire des thérapies en cours de développement et d'évaluation ayant un potentiel réel pour stimuler l'immunité des patients.


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