Sevrer les mélanomes ''accros'' au traitement

Les mélanomes peuvent rapidement devenir résistants aux molécules chimiques utilisées pour les combattre. En étudiant sur la souris les mécanismes qui sous-tendent ce phénomène, des scientifiques américains et suisses ont constaté qu'une interruption du traitement provoquait une réduction - temporaire, mais significative - de la tumeur.

Rédigé le , mis à jour le

Sevrer les mélanomes ''accros'' au traitement
Sevrer les mélanomes ''accros'' au traitement

La fréquente résistance des cancers de la peau aux thérapies chimiques mises en place est une préoccupation importante des chercheurs. Pour mieux comprendre l'enchaînement des évènements qui produit de telles résistances, une équipe de chercheurs originaires de Suisse et des Etats-Unis réalisent depuis plusieurs années des expériences sur des souris malades.

Le mélanome est un type de cancer qui prolifère à partir des cellules qui pigmentent la peau (les mélanocytes). Apparaissant dans la majorité des cas sur la peau, il peut survenir dans de plus rares cas au niveau de l'œil, des muqueuses ou d'organes internes.

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L'administration de vemurafenib (utilisé dans le traitement des mélanomes de stade avancé), comme ils s'y attendaient, cessa très rapidement d'être efficace. Un phénomène inattendu fut cependant constaté : en interrompant le traitement devenu inefficace, la tumeur commença à régresser.

La diminution de la masse cancéreuse était notable, mais malheureusement temporaire. Le phénomène n'était pourtant pas anodin : comment la suspension d'un traitement peut-il générer les effets attendus de ce traitement ?

L'explication nécessite de considérer le cancer à l'échelle des nombreuses cellules qui le compose. Leur croissance et leur survie est notamment assurée par une protéine du nom de B-Raf, produite sous l'action d'un gène qui a subi une mutation. En pratique, il n'y a pas qu'un seul type de mutation dudit gène. Dans 60% des cas, les gènes possèdent un profil particulier, auquel le vemurafenib peut s'attaquer. Le médicament bloque la production des indispensables B-Raf, et les cellules meurent.

Mais en détruisant cette classe de cellules, le vemurafenib laisse la place nette à celles dont les gènes présentent une mutation différente. Dans leur cas, la molécule du vemurafenib est perçue… comme un ordre de production.

Le médicament a donc insidieusement cessé d'en être un. Il stimule même les cellules que l'on souhaite combattre. Le phénomène ne s'arrête cependant pas là, puisque le vemurafenib se substitue peu à peu aux protéines dont la fonction naturelle est d'appeler à la création de B-Raf. Au bout d'un certain temps, le seul donneur d'ordre devient le vemurafenib lui-même…

Les cellules sont désormais tellement dépendantes de ce commanditaire que sa disparition brutale les prend littéralement de court. Plus aucune molécule ne déclenche la synthèse de B-Raf et, pendant un temps, les cellules résistantes au vemurafenib meurent en masse.

Fort de ces observations, les chercheurs ont initié un nouveau protocole thérapeutique à destination de leurs souris : alterner quatre semaines de traitement et de semaines de sevrage. La longévité des animaux après début du traitement été augmentée de 55% comparativement à ceux traités en continu.

Cette découverte sur le vemurafenib, détaillée dans la dernière édition de la revue Nature, ouvre tout un champ d'exploration sur la modulation de certains traitements anticancéreux. Parallèlement à leur gain d'efficacité, de telles thérapies intermittentes s'avéreraient également moins coûteuses et plus supportables pour les patients.

Source : "Modelling vemurafenib resistance in melanoma reveals a strategy to forestall drug resistance", Meghna Das Thakur,Fernando Salangsang, et coll., Nature(2013), doi:10.1038/nature11814

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