Plongée : percer les mystères de l'ivresse des profondeurs

C'est l'histoire d'un homme qui voulait être astronaute. Aux scintillements des étoiles, Guillaume Néry a finalement préféré les abysses pour devenir apnéiste. Depuis plus de quinze ans, ce recordman du monde descend sous l'eau à plus de 120 mètres de profondeur. Un exploit pour le corps soumis à rude épreuve. On connaît les risques de syncope, ces pertes soudaines de conscience dues à un manque d'afflux sanguin dans le cerveau mais on connaît moins la narcose. Un phénomène d'ivresse des profondeurs assez étonnant qui survient en plongée comme en apnée.

Rédigé le , mis à jour le

Qu'est-ce que l'ivresse des profondeurs ?

Guillaume Néry s'enfonce vers les profondeurs à la seule force de ses palmes. Mètre après mètre, ses poumons rétrécissent, son rythme cardiaque ralentit... Après avoir côtoyé les profondeurs, l'homme poisson entame ensuite la remontée. L'état de conscience vacille : c'est la narcose. Un phénomène qui se manifeste par "une modification totale de la perception, une modification du temps. Le temps est condensé, et tout va très vite".

Des flashs, des pensées délirantes, que Guillaume Néry ressent depuis qu'il flirte avec les 100 mètres de profondeur : "J'ai déjà eu des visions angoissantes d'oppression, de se sentir enfermé mais cela passe très vite. Cette vision est très vite chassée par autre chose", admet-il avant de confier qu'un jour il s'est même vu "se marier sous l'eau".

D'abord inquiet par cette narcose, Guillaume Néry veut aujourd'hui en savoir plus. À l'hôpital de Nice, il a accepté de participer à un test en caisson hyperbare accompagné de plongeurs, qui connaissent eux aussi cette narcose au-delà de 30 mètres. Tous réalisent d'abord un test écrit. L'idée sera de le comparer avec celui réalisé à 50 mètres. Pour descendre, le technicien augmente la pression à l'intérieur du caisson simulant une plongée profonde.

L'air devient de plus en plus chaud. Il est aussi plus dense, c'est pour cette raison que les voix des participants sont modifiées. À 50 mètres, tous les participants sont narcosés, soumis à un état euphorique. À ce moment-là, le test démarre. Le résultat : "Les capacités sont réduites, on a un ralentissement psychomoteur, des troubles de la formation des idées, des troubles de la concentration…", explique le Dr Anthony Berberian, médecin hyperbare, "cela peut provoquer des hallucinations, les distances sont mal évaluées, les notions de durée sont changées…".

À l'origine de toutes ces perturbations, un enchaînement de phénomènes. L'augmentation de la pression dans l'eau va augmenter la pression de l'azote dans le corps. Or, ce gaz devient toxique quand il est présent en trop grande quantité. Il agirait donc sur le système nerveux provoquant ce qu'on appelle la narcose à l'azote.

Mais ce n'est pas la seule explication. Guillaume Néry pourrait être soumis à autre chose parce qu'en apnée, il ne respire pas. D'après le Dr Anthony Berberian, médecin hyperbare, "l'apnéiste n'expulse pas son CO2. Le dioxyde de carbone, créé par le métabolisme, s'accumule alors dans l'organisme, ce qui n'est pas le cas du plongeur qui peut l'expirer. Un autre gaz neutre peut donc entrer en cause dans la création des phénomènes narcotiques".

Ensuite, intervient l'épreuve de correction du test. Après analyse des résultats, le médecin constate une modification des compétences et des capacités en profondeur. Il existe une modification de la perception et de la concentration. Le mot d'ordre est donc la méfiance. Dans les profondeurs, la maîtrise n'est pas totale. Et avoir conscience de toutes ces modifications permet d'augmenter la sécurité.

Jusqu'à présent, Guillaume Néry n'a jamais eu d'accident lié à la narcose. S'il a appris à apprivoiser le phénomène pour battre des records, il sait aussi que chaque plongée dans le grand bleu n'est pas sans risques. Mieux comprendre le phénomène c'est le prévenir.

En savoir plus sur la narcose et la médecine hyperbare

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