Nanotechnologies : le médicament au cœur de la tumeur

Les nanoparticules intéressent beaucoup les cancérologues, car en utilisant des molécules de l'ordre du millionième de mètre, on peut espérer atteindre le cœur des cellules cancéreuses sans créer de dégâts autour. En France, un chercheur du CNRS vient de recevoir le prix de "l'inventeur européen" pour son travail sur des nanoparticules qui permettent d'atteindre avec précision les cellules cancéreuses. Explications.

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Reportage de Stéphanie Rathscheck, Maxime Souville et Lydia Chaubon

Au CNRS, des matériaux de haute technologie sont testés par les chercheurs. Il s'agit de matériaux destinés à fabriquer des nanoparticules qui transporteront des médicaments contre le cancer. On les appelle aussi des nanovecteurs.

Patrick Couvreur, biopharmacien, travaille sur cette idée depuis les années 70. "Nous essayons d'utiliser les nanovecteurs, d'inclure le médicament dans ces nanovecteurs, et d'utiliser ces nanovecteurs comme une navette, comme un transporteur pour ramener le médicament au niveau du tissu cible", explique le chercheur.

Nous entrons alors dans la science de l'infiniment petit. Si les globules rouges, les cellules de notre sang, sont 14 fois moins épais qu'un cheveu, une nanoparticule est encore 70 fois plus petite. Les nanovecteurs sont des petites navettes remplies de médicament qui doivent être capables de cibler uniquement les cellules cancéreuses. Une autre étape est donc de les doter d'un micro-outil pour reconnaître et atteindre la cible.

Aujourd'hui la majorité des patients est encore traitée par radiothérapie et chimiothérapie. Si les protocoles sont de plus en plus personnalisés et performants, ces traitements ont encore des limites comme l'explique le Dr Etienne Brain, oncologue à l'Institut Curie : "entre l'endroit où il est administré, et l'endroit où il doit arriver, le médicament peut se perdre, il peut arriver en concentration insuffisante au niveau de la tumeur et donc perdre en efficacité". De plus, en traversant des organes, ces traitements peuvent endommager des tissus sains et provoquer des effets secondaires.

Cibler directement les cellules cancéreuses, réduire les effets secondaires sont les promesses des nanoparticules. Il en existe déjà sur le marché, mais elles ne transportent que très peu de substance active et peuvent être toxiques en trop grande quantité. Patrick Couvreur a découvert un meilleur vecteur naturel et biodégradable, le squalène : "Le squalène est un lipide naturel, biocompatible, qui est le précurseur du cholestérol. Cette molécule a la propriété extraordinaire d'avoir une conformation moléculaire compacte".

Chaque nanoparticule est composée de molécules. Celle du squalène a une forme de spaghetti. Mais au contact de l'eau, elle se transforme en pelote compacte. L'équipe du CNRS a réussi à coupler une molécule de squalène à une molécule de médicament et à obtenir le même résultat avec de l'eau. "Comme on lie chimiquement une molécule d'anticancéreux à une molécule de squalène, on va avoir un pouvoir de charge de l'ordre de 50%, soit 50 fois plus que la plupart des nanotechnologies disponibles actuellement", explique Patrick Couvreur. Selon lui, cette technique peut être "appliquée à toute une série de médicaments anticancéreux, voire à toute une série de médicaments anti-infectieux".

Le squalène rend les traitements plus efficaces et moins toxiques. Les essais sur les souris sont très prometteurs. Reste un défi et pas des moindres : trouver des laboratoires intéressés pour financer des essais sur l'homme.

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