Maladies cardiovasculaires : des graisses saturées pas si risquées ?

Acides gras polyinsaturés, graisses saturées, oméga-6, acides gras trans... Jusqu'à présent, la consommation des uns était vivement recommandée par la communauté médicale, les autres étant à proscrire pour peu que l'on tienne à ses artères. Mais après avoir passé au crible quelques dizaines d'études scientifiques, des chercheurs considèrent qu'il est temps de rebattre les cartes. Selon eux, si certaines graisses sont bien à éviter, l'influence spécifique de la majorité d'entre elles serait trop ténue pour justifier les préconisations actuelles.

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Maladies cardiovasculaires : des graisses saturées pas si risquées ?

La recette de la santé cardiovasculaire semblait simple : consommer beaucoup d'acides gras polyinsaturés (notamment présents dans l'huile de colza, l'huile d'olive et diverses graisses végétales), et éviter les graisses saturées (présentes dans les graisses animales, l’huile de palme…) et les acides gras trans (présents dans les graisses animales, huiles raffinées ou chauffées).

[MISE A JOUR] Attention : l'étude scientifique dont nous rendons compte dans cet article a été corrigée après publication sur demande des auteurs. Les critiques que nous mettions en lumière sont renforcées, et certains des constats dont nous avons rendus compte ont été pondérés. Toutefois, la conclusion générale n'est pas significativement modifiée : les données scientifiques disponibles ne justifient pas de préconiser "d'éviter tous les acides gras saturés" sans faire cas de leurs spécificités.

Ces recommandations découlaient d'un constat biologique : la consommation de certaines graisses augmentent la production de molécules pouvant initier la formation de plaques d'athérome (qui peuvent, notamment, obstruer les artères).

Les études épidémiologiques mettent-elles en lumière un effet particulièrement criant de la consommation de chaque type de graisse sur le risque cardiovasculaire ? Après avoir passé en revue plusieurs dizaines d'études rigoureuses, portant sur près de 600.000 individus répartis dans 18 pays, une équipe pluridisciplinaire de chercheurs(1) répond à cette question par la négative.

En affirmant que "les données actuelles ne viennent pas appuyer les recommandations qui préconisent une consommation élevée d'acides gras polyinsaturés et une faible consommation de graisses saturées", les scientifiques n’excluent pas que la présence de ces graisses puissent influer sur la santé cardiovasculaire. Mais :

  1. la marge d'incertitude de ces observations épidémiologiques et essais cliniques est telle qu'il est, en toute rigueur, souvent impossible d'en tirer la moindre conclusion ;
  2. si un effet éventuel était révélé par des études plus fines, réduisant la marge d'incertitude, celui-ci resterait bien souvent faible.

A la lumière des données traitées, seuls les acides gras trans apparaissent clairement accroître le risque de maladie cardiovasculaire (entre +6% et +27%). Certains acides gras polyinsaturés oméga-6 (qui ont pourtant la faveur de certaines préconisations antérieures) pourraient avoir un effet similaire.(2)

Une évaluation très difficile

"Il existe des variations considérables dans les directives internationales relatives aux quantité et les types d'acides gras recommandés", observent les auteurs de l'étude. "Cette variation reflète, en partie, les incertitudes dans les données disponibles."

Les auteurs admettent toutefois un certain nombre de limites à leur travail de synthèse. Les études prises en compte ont en effet été menées sur des groupes de population très hétérogènes. Certains travaux ont ainsi été menés sur des patients ayant déjà eu des incidents cardiovasculaires. La synthèse distingue donc mal prévention et réduction du risque de récidive.

L'article portant sur des données internationales, une disparité forte pourrait également exister en terme de suivi médical (et donc de diminution de la survenue de la maladie en dépit d’un effet aggravant des graisses). Les effets délétères de certaines graisses pourraient ainsi être conditionnés à d'autres facteurs de risques.

Quoi qu'il en soit, s'il ne semble pas de preuves nettes en faveur ou en défaveur de nombreuses graisses pour la protection de maladies cardiovasculaires, il ne faudrait pas y voir un encouragement à manger tout et n'importe quoi. Ces travaux ne s'intéressent qu'au rôle propre des graisses, et des régimes équilibrés (type régime méditerranéen) ont bien démontré leur réelle capacité à prévenir la survenue de maladies cardiaques.

De plus, cœur et artères ne sont pas les seuls organes qui peuvent pâtir (ou bénéficier !) de l'action des molécules dérivées des différentes formes de graisse. Des études réalisées ces dernières années suggèrent en effet un effet néfaste des graisses saturées sur le côlon (risque potentiellement accru de cancer) et sur la densité osseuse...

 

Source : Association of Dietary, Circulating, and Supplement Fatty Acids With Coronary Risk: A Systematic Review and Meta-analysis.Rajiv Chowdhury et coll. Ann Intern Med. 2014. doi:10.7326/M13-1788

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(1) Une partie des auteurs ayant contribué à l'étude ont déclaré avoir antérieurement collaboré avec différentes industries (agroalimentaire, pharmacie). Toutefois, outre le fait que les multiples conflits d’intérêts potentiels sont divergents, les coordinateurs des recherches n'ont pour leur part pas déclaré de tels conflits, se portant garant de la rigueur de l'ensemble de l'analyse.

(2) Certains critiques observent qu’oméga-3 et omega-6 ont longtemps été mesurés et décrits comme des entités analogues par les chercheurs, ce qui aurait eu pour effet d’accorder des vertus indues aux seconds. Ce point fait actuellement l’objet de nombreuses études. Il existe en outre plusieurs sous-types d'oméga-6. Les acides gras docosatétraenoique, dihomolinolénique et éicosadienoique pourraient avoir un effet particulièrement négatif sur la santé cardiovasculaire.

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