Le docteur Denis Mukwege reçoit le prix Sakharov

PORTRAIT - Le médecin Denis Mukwege, qui soigne dans sa clinique de Bukavu les femmes victimes de violences sexuelles dans l'est de la République démocratique du Congo, a remporté mardi 21 octobre le prestigieux prix Sakharov 2014, décerné par le Parlement Européen. Notre chroniqueur Eric Lemasson avait consacré une chronique en février dernier à cet homme d'exception.

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Denis Mukwege, la médecine pour seule arme. Chronique d'Eric Lemasson du 13 février 2014, dans Le Magazine de la Santé. (Crédit photo : Pinault/VOA - domaine public)

Le docteur Denis Mukwege, voilà un nom, voilà un visage, qui est encore relativement méconnu par le très grand public. Pourtant, il est déjà on-ne-peut-plus reconnu, estimé, récompensé dans le monde entier par tous les militants des droits de l'Homme, et en l'occurrence, de la cause des femmes.

Le prix Sakharov, attribué tous les ans depuis 1988 par le Parlement européen, récompense des personnalités ou des collectifs qui se sont illustrés dans la défense des droits de l'Homme. Doté de 50.000 euros, il sera remis solennellement le 26 novembre à Strasbourg.

Le lauréat est choisi par le président du Parlement et les présidents des groupes politiques, parmi une liste établie au préalable par les députés.

Le prix Sakharov tient son nom d'Andrei Sakharov, un physicien russe qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1975 pour son travail de défense des droits de l'Homme et de prévention des dangers de la course à l'arme nucléaire.

L'année dernière, le nom du docteur Mukwege figurait dans la "short list" des possibles prix Nobel de la paix 2013. Il a reçu le prix des droits de l'homme de l'Onu, ainsi que le prix 2013 de la fondation Jacques Chirac pour la prévention des conflits.

C'est un homme qui risque sa vie chaque jour pour soigner, sauver les femmes qu'il reçoit dans son hôpital Panzi à Bukavu, dans l'Est du Zaire. Un hôpital qui reçoit des centaines, des milliers de femmes, année après année, des femmes victimes d'un mal ignoble : le viol comme arme de guerre et la destruction planifiée et volontaire des organes génitaux des femmes pour terroriser et asservir les populations dans des régions entières…

"L'homme qui répare les femmes"

Denis Mukwege est, à l'origine, un simple médecin, qui s'est retrouvé dans l'obligation morale de devenir un lanceur d'alerte, de tenter d'alerter le monde sur ce qu'il voit chaque jour dans son hôpital.

Fils de Pasteur congolais, il a fait des études de médecine au Burundi puis en France, au CHU d'Angers (Maine-et-Loire). Une situation confortable s'offrait à lui dans notre pays : une place de praticien hospitalier. Il a toutefois choisi de retourner s'installer dans son pays, le Congo, où il a fondé un hôpital à Bukavu.

Cet établissement est implanté au cœur de la région des grands lacs, où les conflits ethniques sont incessants. Le docteur Mukwege a assisté au génocide des tutsis du Rwanda et a reçu les victimes dans son hôpital. Il a, ensuite, reçu les victimes des déplacements de populations entières venues du Rwanda, après l'installation du nouveau gouvernement. Depuis lors, l'instabilité politique n'a jamais cessé dans cette région.

Des groupes armés se disputent ce territoire avec un mode d'action nouveau pour asservir et terroriser les populations locales : le viol collectif et les mutilations génitales des femmes comme arme de guerre. Des exactions massives commises spécifiquement envers les femmes pour atteindre l'honneur des hommes.

On estime que, depuis 1996, l'hôpital du docteur Mukwege a reçu et soigné 40.000 femmes. Les mutilations qui leur ont été infligées sont telles qu'il faut les opérer pour leur sauver la vie. Dans un livre qui lui est consacré, une journaliste belge a surnommé Denis Mukwege "l'homme qui répare les femmes". De fait, le docteur Mukwege est devenu bien malgré lui l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de la fistule (réparation d'une communication anormale entre les voies génitales et les voies anales). Ceci donne une idée de la violence des crimes sexuels commis dans cette région.

Alerter la communauté internationale

Le viol collectif et les mutilations sexuelles utilisés de façon systématique comme arme de guerre. Le docteur Mukwege ne s'est pas contenté de soigner. Il a pris la tête d'une révolte pour dénoncer ces crimes de guerre. Au risque de sa vie puisque, début 2013, alors qu'il venait de dénoncer publiquement l'implication des régimes rwandais et congolais dans les crimes commis par les milices et groupes armés, il a été victime d'une tentative d'assassinat.

S'il a fui un temps le Congo, il est rapidement revenu, tant sa présence est indispensable à cette communauté des femmes congolaises humiliées qui le surnomment affectueusement  "papa Mukwege".

Aujourd'hui, le monde entier est en train de prendre conscience de la gravité des exactions commises spécifiquement contre les femmes dans cette région des grands lacs, du nombre de femmes victimes et de la nécessité qu'il y a à soutenir le combat de ce médecin.

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