Exposition prénatale aux phtalates : des effets cognitifs perceptibles ?

A l'âge de 7 ans, les enfants des femmes les plus exposées à certains phtalates durant leur grossesse tendraient à obtenir des scores plus faibles à des tests cognitifs que ceux des mères moins exposées, selon une étude nord-américaine, publiée mardi dans Plos One. Des travaux qui tendent à confirmer d'autres résultats antérieurs.

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Exposition prénatale aux phtalates : des effets cognitifs perceptibles ?
Exposition prénatale aux phtalates : des effets cognitifs perceptibles ? (Photo : © ruigsantos - Fotolia.com)
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Un faisceau de présomptions grandissant

Les phtalates sont une classe de produits chimiques largement utilisés dans l'industrie (voir encadré). Nombre d'entre eux peuvent agir comme des perturbateurs endocriniens en interagissant avec les hormones thyroïdiennes ou la testostérone.

Les phtalates sont des liquides transparents, incolores et généralement peu odorants. Ces substances sont couramment utilisées pour augmenter la flexibilité et la résistance des plastiques (films étirables...) et des vernis ou pour leurs propriétés fixatrices (laques...). Plusieurs phtalates sont utilisés dans les cosmétiques (shampooing, savons, déodorants...). Certains phtalates sont identifiés comme des perturbateurs endocriniens. Des seuils de dangerosité pour l'homme en cas d'ingestion (ou de pénétration cutanée) et pour l'environnement ont été établis, mais certains effets n'ont été suspectés que récemment.

Des études publiées depuis le début de la décennie ont suggéré un lien entre exposition prénatale aux phtalates (taux mesurés dans l'urine maternelle pendant la grossesse) et certains aspects du développement moteur, mental ou comportemental de l'enfant à 6 mois et 3 ans. Concernant les enfants d'âge scolaire, une étude coréenne, publiée en 2010, avait également suggéré un effet cognitif de l'exposition au phtalates – effet largement influencé par les paramètres socioculturels(1).

Des études chez l'animal ont également suggéré un lien entre capacité de mémorisation et exposition utérine à ces produits. Si les marges d'erreurs associées aux données étaient importantes (résultats souvent à la limite de la significativité statistique), elles dessinaient une "tendance". Des recherches de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer l'existence de ces effets et, surtout, en évaluer l'étendue.

Publiés ce 10 décembre 2014, les travaux d'une équipe nord-américaine semblent aller dans le sens des études précédemment citées. Un peu plus de 300 enfants de 7 ans ont été soumis à des tests standardisés de "mémoire de travail", de "raisonnement perceptif" (résolution de problèmes censés être inédits) et de "QI". Les résultats ont été mis en relation avec les taux de différents phtalates dans des prélèvements urinaires de leurs mères, effectués du temps de leur grossesse. Les données publiées prennent en compte les autres facteurs (notamment socio-économiques) connus pour influencer les résultats de ces exercices(2).

Deux phtalates en ligne de mire

Qu'observe-t-on ? Pour certains phtalates, les scores des "25% les plus exposés [à la substance]" sont en tout point comparables à ceux des "25% les moins exposés". Mais deux types de phtalates (mono-n-butyl et mono-isobutyl) les enfants les plus exposés présentent des scores plus faibles à certains tests que les moins exposés.

Il est important de souligner que les effets suggérés peuvent, en pratique, être très fortement contrebalancés par le contexte socioculturel et éducatif dans lequel l'enfant évolue. Les tests utilisés dans le cadre de l'étude ne permettent que d'établir des comparaisons limitées quant aux aptitudes intellectuelles et sociales "quotidiennes" des enfants. Ils ne mesurent pas une intelligence "brute", et bien... la capacité à résoudre le type de questions formulées dans les tests (d'où la forte influence du contexte social dans lequel évolue l'enfant). Ces indicateurs permettent toutefois d'identifier certaines difficultés ou aptitudes.

Les marges d'erreurs attachées aux résultats sont importantes (du fait de la nature des tests, nombre de participants, et de celles liées aux ajustements socio-économiques évoqués plus haut). Mais, pour une partie des données, une corrélation semble exister.

Par exemple, entre les enfants les plus exposés et les moins exposés, l'écart moyen à 7 ans au "test de QI" est évalué "entre 2 et 12 points" pour le mono-n-butyl (entre 3 et 12 pour le mono-isobutyl). Les chercheurs notent des écarts plus marqués dans le sous-groupe des garçons aux tests de raisonnement perceptif et de compréhension verbale, et plus importants chez les filles concernant la mémorisation.

Comme le soulignent les auteurs, "étant donné la nature observationnelle de cette étude, nous ne pouvons conclure à une relation de causalité entre l'exposition prénatale à certains phtalates et diminution du QI". "Néanmoins, nous avons observé des associations systématiques entre exposition et résultats [aux tests]", poursuivent-ils. Des tests psychomoteurs réalisés sur ces mêmes enfants à l'âge de 3 ans ayant également suggéré cette tendance, les auteurs jugent leurs données "robustes".

Le faisceau de présomptions concernant l'influence des deux types de phtalates sur le développement cognitif humain s'élargit. "La cohérence des ces associations, au fil du temps, a des implications en terme de politiques de santé publique et de réglementation", expliquent les chercheurs.

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(1) Les chercheurs n'excluaient pas que les scores cognitifs des mères (en lien avec leur niveau d'éducation, et donc à celui de leurs enfants) puisse être corrélés à leur niveau d'exposition aux phtalates. Voir : Relationship between environmental phthalate exposure and the intelligence of school-age children. S.C. Cho et coll. Environ Health Perspect (2010) 118: 1027–32.

(2) Les auteurs de l'étude ont également cherché à identifier si les taux de phtalates dans l'organisme des enfants à l'âge de 5 ans influençaient les résultats aux tests ; ce paramètre apparaît sans effet sur les résultats finaux.

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