Antidépresseurs : le point sur les idées reçues

Une dépression sur deux n'est pas correctement diagnostiquée, selon l'Académie de médecine qui vient en défense des antidépresseurs à l'occasion de la publication d'un rapport sur ces médicaments. L'occasion de revenir sur les idées reçues les concernant.

Rédigé le

Antidépresseurs : le point sur les idées reçues
Antidépresseurs : le point sur les idées reçues

Les antidépresseurs, ces médicaments qui agissent sur le cerveau pour toucher l'humeur et traiter la dépression, ont prouvé leur efficacité. Pourtant, ils font l'objet d'une importante défiance et on leur prête de nombreux effets néfastes. Pour défendre l'efficacité de ces traitements, l'Académie de médecine a publié un rapport qui ne manque pas de tordre le coup aux idées fausses.

Les Français, champions de la consommation d'antidépresseurs ?

Non, répond l'Académie de médecine. En 2000, la France était placée en cinquième position parmi les plus gros consommateurs au niveau mondial. Elle est aujourd'hui rattrapée par ses voisins européens comme l'Islande et l'Allemagne qui en consomment de plus en plus. Selon l'Académie, la comparaison est faussée par la plus grande facilité d'accès aux soins et en particulier aux médicaments pour les Français.

Dans le même temps, elle rappelle qu'une maladie dépressive sur deux n'est pas correctement diagnostiquée. En cause : le temps consacré au diagnostic qui serait insuffisant pour dépister une maladie dépressive.                                                                                                

Qui peut prescrire un antidépresseur ?

Dans la majorité des cas, les prescriptions d'antidépresseurs sont effectuées par le médecin généraliste, en particulier chez les personnes âgées. Ce qui est important, c'est d'arriver à faire le repérage des symptômes et surtout de prendre le temps de dépister les pathologies nécessitant un traitement. Toutefois, l'Académie de médecine insiste sur le fait que le repérage de la symptomatologie et la prise de bonnes décisions thérapeutiques exigent une formation spécifique qui n'est pas suffisamment dispensée actuellement.

En revanche, chez les moins de 18 ans, la première prescription d'un antidépresseur est réservée aux médecins spécialistes en pédiatrie et/ou psychiatrie.

Les antidépresseurs pour qui ?

Un traitement antidépresseur est prescrit à toute personne touchée par un épisode dépressif ou un trouble anxieux, puisque ces traitements sont utilisés dans l'anxiété.

Mais le recours à un traitement antidépresseur n'est justifié que pour certaines formes précises d'anxiété, c'est-à-dire à partir du moment où l'on est face à un trouble obsessionnel compulsif (TOC), par exemple, ou une anxiété généralisée qui nécessitent de porter le diagnostic sur une durée suffisante pour proposer un traitement antidépresseur. En revanche, une simple réaction de stress ou des difficultés liées à l'environnement ne nécessitent pas la prescription d'antidépresseurs.

Les antidépresseurs augmentent-ils le risque de suicide ?

Le rôle éventuellement déclencheur de conduites suicidaires d'un traitement antidépresseur est connu depuis l'origine de ces médicaments. Il pourrait s'expliquer par la levée de l'inhibition dépressive en début de traitement.

Toutefois, l'Académie de médecine souligne que la majorité des sujets déprimés qui se sont suicidés ne recevaient pas d'antidépresseurs. En réalité, le taux de suicide dans un pays est inversement proportionnel au taux de prescriptions d'antidépresseurs.
Malgré tout, le risque est bien présent, d'où la nécessité d'une surveillance très rapprochée tout au long du traitement et même après.

L'OMS estime à 1 million le nombre de morts par suicide chaque année dans le monde : 5 à 20% des patients déprimés se suicident.

Les antidépresseurs induisent-ils une dépendance ?

Non, selon l'Académie de médecine, car en cas de dépendance le patient a besoin d'augmenter les doses pour un même résultat (c'est l'effet de tolérance) et il existe un syndrome de sevrage en fin de traitement. Ce qui n'est pas le cas pour les antidépresseurs. Pour autant, ils nécessitent un suivi régulier par le médecin et il ne faut pas interrompre le traitement du jour au lendemain mais diminuer progressivement la dose.

Quelle différence avec les anxiolytiques ?

Bien qu'ils appartiennent tous deux à la famille des psychotropes et qu'ils sont prescrits pour les épisodes d'anxiété généralisée, les anxiolytiques et les antidépresseurs n'ont les mêmes mécanismes d'action et leur mise en place est différente. Les anxiolytiques agissent sur des symptômes précis et ont une efficacité très rapide. Quand on prend un comprimé de benzodiazépine, la famille d'anxiolytiques la plus couramment utilisée, l'effet est ressenti dans la demi heure ou l'heure qui suit.

Les antidépresseurs indiqués dans le traitement de troubles anxieux ont quant à eux un délai d'action beaucoup plus long, de quatre à six semaines. Pour compenser ce délai, il est fréquent que le début de traitement soit associé à la prise d'anxiolytiques en attendant les effets à long terme de l'antidépresseur.

En France, une personne sur cinq consomme des benzodiazépines au moins une fois par an. Des crises d'angoisse à la dépression, en passant par les insomnies ou certaines maladies neurologiques, les occasions de prendre ces médicaments sont nombreuses. Pourtant, ces molécules présentent des effets secondaires. À commencer par une dépendance quand le traitement dépasse douze semaines. Or, en 2010, une étude a montré que la moitié des patients qui prenait ce médicament en consommaient depuis plus de deux ans.